La thèse de M. Matthieu Durand de 2017 nous fournit le détail d’une carotte effectuée au cœur de la fosse du Croisic.
Le Chercheur à l’amabilité de nous permettre de communiquer les éléments suivants :
La situation de cette paléo vallée se présente comme suit :

La coupe AB réalisée en 2010 montre que l’estuaire de la Loire s’écoulait vers la mer avec plusieurs bras lors de la période glaciaire. Le cours principal semble être celui de la fosse du Croisic détaillé ci-dessous :

Notons la datation des sédiments de la fosse évaluée par les chercheurs en 2010, et que nous considérons invalidée par la carotte réalisée plus récemment. Les sables fins et grossiers du pléistocène (antérieurs à l’holocène) devaient théoriquement combler ce trou. Ce n’est pas le cas.
Le 16/07/2015, Le Pourquoi pas ? réalise pour le compte du SHOM lors de la campagne DYNSEDIM 2015 une carotte KV14Bis de 5.4 mètres de long à 58 mètres de profondeur et située à la latitude Nord 47°17’10’’ et longitude Est 2°33’32’’.

Les 5.4 mètres prélevés ne concernent que l’holocène et la période récente, c’est-à-dire 2745-2366 ans avant aujourd’hui pour le point le plus bas.


Sur cette période la sédimentation à grains fins est continue et cohérente avec celle des dépôts des autres paléo vallées de la Loire et de la grande vasière du sud de la Bretagne. Il s’agit ici de limons fins vert-olive avec des niveaux de limons sableux riches en débris de coquilles. La disposition des sédiments « bioturbés » montre une accumulation régulière de sables et de coquillages sur cette période. M. Matthieu Durand détecte quelques variations dans la taille des grains qu’il attribue aux changements de pluviosité aux cours de l’histoire.
Nous regrettons donc que la carotte effectuée n’ait pu descendre plus en profondeur et confirmer ou infirmer notre thèse d’une sortie de méthane au niveau de cette fosse aux alentours de 6300 avant aujourd’hui. Compte tenu de la sédimentation régulière de 5.4 m pour 2500 ans, il faudrait théoriquement creuser 14 mètres sous le niveau du plancher océanique soit 75 mètres sous le niveau marin actuel pour se faire une idée. Sachant que le plancher océanique entourant cette fosse se situe à 30 mètres de profondeur, il y a 12 000 ans l’endroit était émergé et la fosse était un lac profond retenant les eaux de la Loire. Dans notre livre, nous tentons de dessiner le relief à partir de la bathymétrie et réalisons 3 coupes.

(ou fosse du Croisic).
La coupe B ci-dessous prise dans l’axe du paléo fleuve montre une pente douce de l’estuaire heurtée par un accident géologique. Il s’agit pour nous d’un Pockmark.

Voici nos conclusions :
La coupe B faisant 25 km prolonge l’axe de la Loire dans le sens nord-est sud-ouest. La descente régulière du paléo fleuve en direction du large évolue progressivement de -20m à -30 m. Mais à partir du km 17, il y a une perturbation anormale du niveau du fond marin, qui remonte à – 18 m pour chuter à -62 m sur une distance de 5 km et pour remonter à nouveau vers son niveau « normal » à -30 m sur la même distance.
C’est un cratère ! Confirmé par les coupes A et C.
L’érosion aurait dû combler cette dépression au fil du temps. Et le sable colmater la fosse lors de la transgression.
Ce Pockmark (*) est donc récent à l’échelle des temps géologiques.
Pour le dater, on connaît son ancienneté maximale qui remonte à l’époque où l’endroit était émergé : pas plus de 12 000 ans.
Nous en faisons notre favori comme coupable du 1er tsunami
Références :
Matthieu Durand. De l’estuaire à l’océan : expression des forçages locaux et globaux dans l’enregistrement sédimentaire de la dynamique de la Loire depuis l’Holocène Moyen. Sciences de la Terre. Université d’Angers, 2017. Français. NNT : 2017ANGE0037. tel-02076974
Thinon, I., Proust, J.-N., Paquet, F., 2010. Des vallées de la Loire sous la mer. Géosciences Rev. BRGM Pour Une Terre Durable 23.
Kaub Caroline, 2019. Déformation active intraplaque : étude pluridisciplinaire terre-mer du risque sismique en Vendée, à partir du séisme du Marais Breton de 1799 (M6). Laboratoire Géoscience Océan UMR 6538, Institut Universitaire Européen de la Mer.
Note:
(*) J’ai pu contacter l’auteur de la thèse, M. Matthieu DURAND, qui rejette l’idée d’un Pockmark au sens strict (dépressions coniques formées par des remontées de fluide à travers le prisme sédimentaire), et penche plutôt pour une vallée creusée par le fleuve et se base sur les travaux de Thinon et al, 2010 pour contester l’idée d’une faille tectonique à cet endroit :
« Le réseau des paléovallées de la Fosse du Croisic ont quant à elles une orientation NE-SW, perpendiculaire donc aux failles du secteur. A voir dans les travaux de Isabelle THINON ou Jean-Noël PROUST qui ont fait de la sismique profonde sur le secteur mais a priori la Fosse du Croisic n’est pas liée au réseau de faille ».
Il concède cependant :
« qu’il faudrait effectivement creuser l’origine géomorphologique de cette dépression, ou plutôt de la dépression amont (La Grande Rade de la Loire) en parallèle des autres dépressions du secteur sud-Bretagne (Baie de Bourgneuf, Lac de Grand-Lieu, Marais de la Grande-Brière, Golfe du Morbihan…) ».
Pour ma part, je me fie aussi aux travaux plus récents de caroline Kaub en 2019, qui mettent en avant la faille de Machecoul et celle de Noirmoutier, parallèles à celle du cisaillement sud armoricain. Elles aboutissent justement à la fosse du Croisic…

Carte géologique simplifiée du Marais Breton et de la Baie de Bourgneuf (caroline Kaub 2019)
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