Difficile de contester la véracité des témoignages pour le dernier tsunami du Golfe.
Les témoins sont encore vivants et ont été enregistrés par les médias de l’époque.
Pourtant, le cerveau humain a tendance à déformer ou occulter les « mauvais » souvenirs.
Des témoignages, il ressort, que ceux qui s’en souviennent encore rattachent l’évènement à un souvenir personnel,
Mais la temporalité et l’intensité du phénomène se déforment progressivement dans les brumes des souvenirs.
« En 1972, alors que j’étais saisonnière dans l’île d’Oléron, un séisme a eu lieu (le 7 septembre, de magnitude, 5,7, avec répétitions sur plusieurs jours). L’épicentre se situait au large du phare de Chassiron (lieu où j’étais), ressenti à Niort car mes parents, habitant là-bas, m’avaient appelé le lendemain pour savoir si j’allais bien. Nous avions fini notre service avec les potes au camp de la Giraudière, à l’opposé dans l’île, et avions décidé vers 22 heures de nous rendre boire un pot et écouter de la musique dans le vieux moulin situé près du phare de Chassiron et transformé à l’époque en boîte. Sur la route, un nombre incroyable d’animaux traversaient dans tous les sens. Nous en avons ri en pensant aux chasseurs qui rentrent bredouilles. Le propriétaire, que nous connaissions, n’arrêtait pas d’interpeller les gens qui rentraient en secouant les chaînes d’une poulie située à l’entrée. Sauf qu’en tournant les yeux, il s’est avéré que personne ne le faisait. Nous avons cru que le moulin s’effondrait et avons enclenché une sortie précipitée de tout le monde. Dehors, cela continuait à trembler et le moulin toujours debout! En aucun cas nous n’avons pensé que c’était un tremblement. Sur le chemin du retour, nous pensions par moments que la route était défoncée. Ce n’est qu’en rentrant au camp, où le directeur nous attendait, ne nous ayant pas trouvés lors de son inspection pour voir les dégâts, qu’il nous a expliqué ce qui se passait. Cela s’est reproduit plusieurs fois, sur plusieurs jours. Il y a eu des bâtiments fissurés, mais aucune victime. Pour le côté humour, avec ma copine, comme cela continuait dans les jours qui suivaient, nous nous étions postées en voiture au pied du pont, prêtes à traverser au cas où… N’importe quoi! Comme quoi la trouille fait faire des choses incompréhensibles. Je garde en mémoire tous ces moments car impressionnants, surtout quand vous êtes ado et que vous vous demandez si c’est déjà la fin! ».
(CHARENTE LIBRE par Evelyne Kodjagueuzian correspondante de CL à Mornac, publié le 22/03/2019).
Il est bon de rappeler rationnellement ce qui à été noté à l’époque.
Le BRGM sur le site de SISFRANCE met en ligne des extraits du document suivant :
La Séismicité de la France entre 1971 et 1977 Auteur : Rothe, J-P Annales 1983, Institut de Physique du Globe de Strasbourg. Lieu Edition : BCSF-INSU.
Le 07/09/1972 à 22h30, une violente secousse frappe la côte ouest de l’île d’Oléron et est ressentie dans une grande partie de la France. Quelques arrondissements parisiens à 420 KM sont atteints (les bassins sédimentaires facilitent la transmission des ondes sismiques). Des immeubles de Bordeaux voient les habitants apeurés descendre dans les parkings (les bâtiments en étages élevés et sous-sol profond sont plus sensibles aux vibrations souterraines). Les sismographes du monde entier enregistrent la secousse dont celui de Brisbane à 16 925 Km. L’intensité évaluée est de 5.7° sur l’échelle de Richter. Dans un large arc de la façade Atlantique Française il y a de nombreux dégâts sur les habitations, pour Saint-Pierre d’Oléron 15 maisons lézardées, 400 cheminées tombées et électricité coupée, mais un seul décès est à déplorer, lié au stress. Des répliques auront lieu dès le lendemain à 2 h, 3 h. et vers 7 h du matin, puis pendant 4 jours, mais de moindre intensité.
C’est le plus gros séisme enregistré dans le Golfe en termes d’intensité au XXème siècle.

Pour la France entière, la répartition des séismes depuis 1962 est la suivante :

La région Poitou-Charentes n’est pas située dans une zone de confrontation de plaques. En revanche, elle est traversée par d’importantes failles profondes héritées d’une grande chaîne de montagnes (la chaîne hercynienne), qui occupait une grande partie de l’Europe il y a environ 300 Millions d’années. L’expansion océanique au niveau de la dorsale atlantique repousse les continents américains et européens. Sur la marge continentale « passive », qui caractérise le littoral atlantique de la France, les contraintes s’accumulent. Même si ces dernières ne présentent pas l’intensité des zones de confrontation de plaques, les accidents profonds, comme les failles hercyniennes qui courent de la Vendée jusqu’au Massif Central, peuvent jouer brutalement.
La base de données SisFrance, qui répertorie les séismes ressentis sur le territoire français à partir de données historiques, recense en Poitou-Charentes 87 évènements d’intensité* comprise entre II (secousse à peine perceptible) et VII (dommages aux constructions) sur la période 1711-2001.
Cet évènement quoique exceptionnel serait banal au regard des séismes planétaires, s’il ne présentait pas les particularités suivantes :
- Situé en mer
- D’une intensité susceptible de provoquer des glissements sous-marins
- Peut-être là aussi un dégagement de méthane avec des lueurs dans le ciel.
- Un léger tsunami constaté en mer et sur la côte.
Voici les témoignages recueillis par les auteurs de l’institut de physique :
Pour le Méthane (?)
D’après une communication personnelle (Mme Prodhomme, La Rochelle), de nombreux habitants de Saint Pierre d’Oléron ont entendu « une formidable explosion suivie aussitôt d’un roulement souterrain ; aussitôt la terre s’est mise à trembler. Au moment où cette explosion souterraine a eu lieu, certaines personnes ont aperçu nettement une grande lueur qui a éclairé le ciel ».
A la Brée, près de Saint-Denis d’Oléron, M. Gruger a noté que les bruits se font sentir du côté de l’Atlantique et que suivant l’importance des secousses, il se passe 2 à 5 secondes avant que la terre tremble.
A Saint Vivien-du-Médoc (Gironde), on a observé « un bruit énorme et une lueur orange ».
Pour le Tsunami.
La mairie de La Couarde (canton d’Ars en Ré) a signalé les faits suivants : Des personnes de La Couarde, pêchant sur les rochers, ont perçu, malgré le ressac, un grondement, et ont ressenti le tremblement du sol ; subitement le niveau de l’eau (la mer était basse) s’est élevé de plus de 60 cm. Par ailleurs, un marin pêcheur qui débarquait au lieu-dit « Goisy » a entendu le grondement et perçu les secousses ; il a constaté une élévation du niveau de l’eau tandis qu’une multitude de poissons sortaient hors de l’eau.
Le maire de Bourcefranc (canton de Marennes) signale une légère montée de l’eau de mer au moment du séisme.
D’après des renseignements fournis par M. Ruzé, de Royan (lettre du 05/01/1973), des bateaux de pêche ont ressenti en mer à l’heure du séisme des vagues anormales.
Le journal de France Inter de 13 h 00 le lendemain 08/09/1972, signale à la 31ème minute 10’’ parmi les témoignages : < En pleine mer, certains marins ont vu les vagues grossir brutalement, aucun raz de marée ne s’est produit, fort heureusement…>.
Conclusion :
Le fait de relever ce type de témoignage sans l’aide des marégraphes, nous autorise à classer ce tsunami au niveau 2 dans l’échelle Sieberg-Ambraseys.
C’est faible, mais révélateur d’un risque potentiel plus grave en cas de séisme plus élevé. La vision des lueurs « orange » nous interpelle. Cela s’ajoute aux témoignages plus anciens qui pouvaient jusqu’alors être sujets à caution.
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Sources :
https://www.franceseisme.fr/donnees/publi/1971-1977/obs_sismo_1971-77.pdf (voir page 59)
La Séismicité de la France entre 1971 et 1977 Auteur : Rothe, J-P Annales 1983, Institut de Physique du Globe de Strasbourg. Lieu Edition : BCSF-INSU.
https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/audio/phd95058247/inter-actualites-de-13h00-du-8-septembre-1972
reportage inter-actualite minute 28
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