Le glissement Morbihan

Si l’on cherche les traces d’un tsunami préhistorique dans le Golfe de Gascogne, la première idée qui vient à l’esprit est de se pencher sur les accidents du relief sous-marin.

Golfe de Gascogne

La carte bathymétrique ci-dessus dévoile cette séparation oblique du Golfe avec d’un côté au nord-est la marge continentale en pente douce à 200 mètres de profondeur et de l’autre au sud-ouest les abysses à plus de 4500 mètres de profondeur. La limite étroite entre les deux parties ne fait pas plus de 50 km de large, elle est composée de canyons (ou chenaux) et d’éperons situés à mi-pente.

Ce ne sont pas les éperons qui témoignent des écoulements de sable, mais les canyons qui rognent au fil du temps la marge continentale.

Une avalanche sous-marine s’étale dans le fond des abysses en suivant la pente du canyon, mais sa faible hauteur n’est pas détectable sur cette carte.

Dans sa thèse de 2001 sur les systèmes turbiditiques profonds de la marge celtique armoricaine, Sebastien Zaragosi de l’université de Bordeaux recherche des écoulements majeurs et détecte le plus important du Golfe de Gascogne :

Le glissement dit du Morbihan de 1800 Km² sous le point 46°30 N de notre carte qu’il compare à celui du Storegga en Norvège (à l’origine d’un Tsunami dévastateur).

Il a pu reporter un écoulement en forme de lobe de 40 km x 48 Km à partir d’une bathymétrie ombrée représentée ci-dessous :

Son écoulement vient de l’est, latitude 46°30, son origine non précisée par S. Zaragosi semble selon nous, provenir d’un Pockmark matérialisé par la petite étoile bleue ci-dessous en amont du chenal du Blavet.

Golfe de Gascogne: localisation du Pockmark présumé.

L’analyse (empirique) de la bathymétrie Google-Earth montre qu’au point 46°30 N et 5° O, la pente descend sur 20 Km de -200 m à – 1770 m pour remonter à – 1700-1600 m sur 2 Km avant de reprendre sa plongée dans le canyon.

En fait, l’endroit est particulièrement accidenté, composé de trous comme celui décrit ci-dessus, mais surtout de vallées très profondes qui font penser à des failles tectoniques. A quelques km en aval dans ce chenal du Blavet, on rencontre un canyon ressemblant à une faille tectonique. Sur 3 Km, la pente descend de 1800 à 3700 m de profondeur.

Grâce à Google-Earth nous pouvons visualiser ceci :

Chenal du Blavet – Faille de 24 km de long

C’est une vallée qui descend vers les abysses située à 4500 m, et c’est probablement la plus longue et la plus profonde du Golfe de Gascogne.

Pour vous donner une idée de ses dimensions, je la compare à celle des grandes Jorasses côté italien.

Grandes Jorasses, Mont Blanc et Val ferret 13 km de long

La comparaison entre les 2 paysages s’arrête là, notre vallée sous-marine ne communique pas avec l’aval. Il s’agit d’un trou non comblé d’origine probablement tectonique et peut-être récent à l’échelle des temps géologiques.

Est-ce le responsable du glissement sédimentaire dit du Morbihan ?

Est-ce une sortie de méthane issue du point le plus bas et qui a suivi les fissures sismiques ?

Je me reconnais incompétent en la matière.

Sans une étude plus poussée et scientifique des fonds marins il faut rester prudent dans nos conclusions.

Laissons M. ZARAGOSI s’exprimer :

« Le glissement du Morbihan correspond à un dépôt d’environ 1.800 km2 et 50 km3. Ce glissement est le plus important repéré à ce jour dans le Golfe de Gascogne, et peut être comparé aux importants glissements de la marge nord-ouest européenne (Storegga, Trænadjupet, Andøya, et Bjørnøyrenna slides; Kenyon et al., 1987; Laberg et al., 2000).

Seules les bathymétries ombrées et la sismique 3,5 kHz ont permis d’étudier en détail sa morphologie. En effet, la réflectivité acoustique est uniforme et peu contrastée.

Le glissement présente une forme caractéristique en lobe convexe avec une limite aval nette. De l’amont vers l’aval du glissement, la signature sismique 3,5 kHz est homogène avec un écho hyperbolique (hyperboles régulières plus ou moins tangentes à la surface du fond) et transparent.

Glissement Morbihan Profils sismiques 3.5 kz Coque du glissement du Morbihan
Glissement Morbihan : Localisation des 2 profils amont, aval, et écho faciès.

Ce type d’écho est caractéristique d’écoulements en masse (Damuth et Hayes, 1977; Mulder et Cochonat, 1996).

La résolution des données bathymétriques disponibles ne nous a pas permis de repérer précisément l’origine du glissement. Mais, en raison de l’absence de connexion directe avec le rebord de pente, le glissement semble avoir pris naissance sur la pente.

Vers l’amont, le glissement est associé à un encaissement d’environ 100 m de profondeur (profil AB). Deux hypothèses pourraient expliquer cet encaissement :

(1) soit le glissement a emprunté un canyon préexistant et l’aurait partiellement rempli ou,

(2) soit l’encaissement correspondrait en partie à la zone source de la coulée, dans ce cas les deux flancs correspondraient aux cicatrices du glissement.

L’encaissement correspond à un volume d’environ 20 km3, ce qui est du même ordre de grandeur que le volume estimé de la coulée (50 km3).

La deuxième hypothèse semblerait ainsi la plus probable. Le glissement se serait déclenché et déplacé suivant une direction structurale est-ouest (faille ?). Cette zone pourrait correspondre à un « couloir tectonique ».

Des données bathymétriques plus précises ainsi que des profils sismiques plus en amont sont nécessaires pour confirmer cette hypothèse.

En raison de l’absence de carottes, la nature lithologique ainsi que l’âge de la mise en place de ce glissement ne sont pas connus. Néanmoins, le fait qu’il soit resté localisé en pied de pente et n’ait pas évolué vers un écoulement turbiditique, semble indiquer une nature de type debris flow cohésif (mudflows).

Dans ce cas, la matrice serait de nature argileuse, ce qui appuie l’hypothèse d’une origine profonde ».

Pour nous, le glissement Morbihan est atypique selon plusieurs critères :

  • Sa taille (c’est le plus gros)
  • Sa composition argileuse (et non sableuse)
  • Le chenal Blavet est en fait le canyon qui se situe sur l’ancien paléofleuve du Blavet qui recueillait les eaux du Crach et probablement la Vilaine en période glaciaire.
  • Il n’est pas interdit de penser que son éventuel Pockmark présente les mêmes caractéristiques que le grand trou de la fosse du Croisic situé sur le paléofleuve Loire et lui aussi constitué d’un substrat d’argile.

Voici l’extrait du Livre :

« Ne nous privons pas de mentionner le glissement Morbihan tout proche (20 à 50 km) et signalé par Sébastien Zaragosi comme le plus important en masse dans le Golfe de Gascogne. Il fait 1800 km2 et 50 km3 d’argile déposée à 3 800-4 700 m de profondeur.

M. Zaragosi envisage une coulée tectonique liée à une faille mais demande une étude plus précise du dépôt. « Il est cependant persuadé de sa nature argileuse et d’une origine profonde… ».

Je cite page 200 : « Ce glissement est le plus important repéré à ce jour dans le Golfe de Gascogne, et peut être comparé aux importants glissements de la marge nord-ouest européenne (Storegga, Trænadjupet, Andøya, et Bjørnøyrenna slides (Kenyon et al., 1987; Laberg et al., 2000)…

…Le glissement se serait déclenché et déplacé suivant une direction structurale est-ouest (faille ?). Cette zone pourrait correspondre à un « couloir tectonique ». Des données bathymétriques plus précises ainsi que des profils sismiques plus en amont sont nécessaires pour confirmer cette hypothèse.

En raison de l’absence de carottes, la nature lithologique ainsi que l’âge de la mise en place de ce glissement ne sont pas connues. Néanmoins, le fait qu’il soit resté localisé en pied de pente et n’ait pas évolué vers un écoulement turbiditique, semble indiquer une nature de type « debris flow cohésif » (mudflows). Dans ce cas, la matrice serait de nature argileuse, ce qui appuie l’hypothèse d’une origine profonde. ». (S. Zaragosi. 2001)

Nous en faisons donc notre candidat de choix pour expliquer le déclenchement du deuxième tsunami ».

Si l’on compare le glissement Morbihan avec celui du Storegga, il y a peut être un point commun : Une sortie de méthane qui déstabilise le bord de la marge continentale et provoque le glissement tsunamigène.

Quelque soit l’origine du glissement, sa présence témoigne d’une onde de choc créée par l’avalanche sous-marine. M. Zaragosi insiste sur la composition compacte de ce glissement, il précise « en masse ». C’est important car ce type de déplacement provoque une onde plus intense qu’une avalanche de type « nuage sédimentaire sableux ».

Nous ne disposons pas encore de modélisation pour évaluer la hauteur des vagues produites par cet évènement.

Une seule étude a été faîte à proximité sur l’éperon Beaugé pour le CEA par Alexandre Paris en 2017. le glissement est évalué entre 3 et 7 Km3 (contre 50 Km3 pour le glissement Morbihan). Les résultats de son rapport de stage montrent une vague de 1 à 3 m sur les côtes bretonnes sud ( Belle île et Groix étant les plus impactées) et 2 m pour la Gironde avec un effondrement moyen de 3.4 Km3.

Nous remarquons que la viscosité et la masse au m3 du glissement Beaugé sont plus faibles, ainsi que la masse globale 15 fois inférieure à celle de notre glissement.

Pour dater le glissement Morbihan, et le tsunami, l’analyse des 3 carottes situées à proximité lors de la campagne Margas de 1975 sur le chenal Crozon va nous permettre d’en savoir plus….

Preuves Géologiques :

Chenal Crozon

Le mont Landes : Le Pourquoi pas ?

Dôme Gascogne

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Sébastien Zaragosi. 2001. Les systèmes turbiditiques profonds de la marge celtique armoricaine (golfe de Gascogne) : physiographie et évolution au cours des derniers 30 000 ans. Sciences de la Terre. Université Sciences et Technologies – Bordeaux I, 2001. Français. NNT : tel-00999640.

Alexandre Paris. Modélisations de tsunamis d’origine gravitaire dans le Golfe de Gascogne. Sciences de l’ingénieur [physics]. 2014 dumas-01688049. https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01688049. submitted on 11 jan 2022.