C’est une série de vagues de grande période provoquée par un brusque mouvement vertical de la colonne d’eau.
Contrairement à la tempête qui déplace la surface de l’océan de façon horizontale, le tsunami est une perturbation verticale et radiale qui atteint le fond de l’océan et se manifeste en haute mer par une simple vague parfois petite (5 cm) au large mais très rapide.
L’onde atteint et remue donc les fonds marins. (Cette caractéristique est importante ici, car elle va nous permettre en explorant les abysses de différencier les évènements tempétueux des tsunamis).
Plus la profondeur du fond marin diminue en se rapprochant des côtes, plus la colonne d’eau s’élève, sa vitesse de propagation ralentit et la vague se redresse tendue comme un ressort. On peut avoir une hauteur de vague de 5 à 10 mètres à l’approche du rivage. Et puis c’est l’effet appelé « splash » qui libère cette énergie accumulée en se déversant sur le rivage. Selon la morphologie du terrain, l’eau peut pénétrer les terres sur plusieurs kilomètres, avec une altitude multiple de la vague constatée en approche. Ici ce sera 10 à 30 mètres de haut.
Une autre caractéristique ici, va nous servir : il n’y a pas de règles pour définir les traces d’un tsunami. (Une même vague peut laisser des sédiments différents, ou plusieurs vagues un seul, et la hauteur de l’impact peut varier du simple au double sur des sites très proches).
Dans 80 % des cas c’est un séisme d’au moins 6.5-7.5 degrés Richter dans le fond marin qui déclenche cet épisode. Pour le reste, les glissements de terrain, les effondrements de volcans de falaises, ou encore les remontées de gaz peuvent causer le même cycle dans des régions non sismiques.
Les tsunamis peuvent donc frapper n’importe qu’elle région du monde à n’importe quel moment avec des vagues de plus de 20 mètres et pendant plusieurs heures. Seule, la fréquence de l’évènement dans le temps varie selon la région.
Dans le cas d’un effondrement d’une falaise de volcan, la vague initiale peut atteindre 40 à 80 mètres, puis l’onde émise par cet impact se tasse en s’éloignant, pour atteindre une hauteur plus « raisonnable » de 4 à 9 mètres en atteignant les côtes. J’ai relevé dans mon livre un évènement récent qui n’a pas pu être anticipé par les chercheurs du monde entier dans la zone la plus observée depuis 2004:
« L’effondrement du volcan Krakatoa le 22/12/2018 provoque à nouveau un tsunami tuant 430 personnes entre Sumatra et Java avec une vague de 80 mètres à l’origine et 9 mètres sur la côte ; et pourtant sans déclenchement d’alerte car il n’y a pas eu de tremblement de terre détecté ! (Wahyu Widiyanto et al.2020). »
Dans le cas de glissements de terrain ou d’avalanches sous-marines eux aussi causés majoritairement par des séismes, et qui concernent davantage le Golfe de Gascogne, on constate une vague plus élevée à l’origine qui perd plus rapidement son énergie en se déplaçant en direction des côtes. Les tsunamis engendrés par ces phénomènes sont réputés moins fréquents et moins violents que les tsunamis sismiques.
Pour les tsunamis provoqués par les remontées de méthane, nous avons l’exemple du Storegga en Norvège. C’est pour moi le grand cousin du tsunami de Carnac. Détecté dans les années 1980 au niveau sédimentaire par des traces de sables marins en altitude au milieu de couches de tourbes permettant de dater l’évènement. Les scientifiques ont fini par accepter l’idée qu’un tsunami ait pu rayonner il y a 8200 ans de Norvège vers l’Islande, l’Angleterre, le Danemark et le Doggerland (aujourd’hui englouti). La ressemblance avec le Golfe de Gascogne se poursuit avec la constatation d’une réplique 1200 ans après le premier, une structure sédimentaire identique ( un plateau continental sableux au dessus d’un précipice), et des poches de méthane prêtes à déstabiliser le manteau sédimentaire. La tendance actuelle est de réévaluer le risque et la fréquence des tsunamis de glissement dans la région nord-atlantique avec la participation de remontées de méthane. (Karsten et al. 2023). Toutefois, la ressemblance s’arrête ici, car les différents glissements du Storegga sont plus volumineux que ceux du plateau continental du Golfe de Gascogne. A contrario, l’énergie induite par la profondeur de chute des sédiments est plus élevée pour les glissements français.
Dans certains cas la récurrence des tsunamis est centenaire (ceux situés sur les failles de subduction ) et dans d’autres ( les failles de cisaillement notamment) la fréquence est millénaire. Cela implique que les hommes perdent le souvenir du danger quand les annales écrites ne dépassent pas 1000 ans.
Pour nous, le plus vieux témoignage écrit dans le Golfe de Gascogne remonte à 567 ans après JC. Il s’agit de la très célèbre coutume de Bouin relevée dans les archives par 2 érudits de 1874, Messieurs Luneau sébastien et Gallet bernard: » le 07 juin 567, par un temps calme, la mer s’éleva tout à coup à une telle hauteur qu’elle recouvrit l’île entière et en noya tous les habitants. Cette catastrophe répandit la terreur dans les contrées voisines, au point que l’île demeura déserte pendant environ 10 ans »…Bouin est posée sur la faille de Machecoul dans la baie de Bourgneuf où je reporte des témoignages du séisme de janvier 1799 dans le chapître « L’origine du 1er tsunami » ci-après.
La prise de conscience mondiale du risque après les catastrophes médiatisées de Sumatra et Fukushima est une chance pour nous de prendre les bonnes mesures pour limiter les dégâts.
Le commissariat à l’énergie atomique a calculé le risque sur ses infrastructures. Les glissements potentiels de la marge continentale donnent selon les modélisations, une vague de 3 mètres maximum sur les côtes (Paris alexandre 2022).
Il s’agit dans cette étude d’une modélisation basée sur l’éperon Beaugé. (On aurait pu aussi retenir le glissement Morbihan tout proche et plus volumineux issu du canyon Blavet)
Tout l’enjeu de notre hypothèse à l’origine du livre et de ce site est de prouver que ce risque est minoré et que le tsunami peut provenir d’une autre source que celle plus classique retenue par les modélisations. Si les éléments rassemblés dans cet ouvrage sont pertinents, cela permettra, je l’espère, d’inciter les scientifiques à étudier cette nouvelle hypothèse.
Le premier tsunami 4300 avant JC (fosse Croisic)
Le deuxième tsunami 3400-3000 avant JC (glissement Morbihan)
Autres tsunamis dans le Golfe de Gascogne
Wahyu Widivanto, Shih-Chun Hsiao, Wei-Bo Chen, Purwanto B. Santoso, Rudy T. Imananta et Wei-Cheng Lian. Run-up, inondation et caractéristiques des sédiments du tsunami du 22/12/2018 dans le détroit de Sunda, Indonésie, Nat. Dangers Terre Syst. Sci., 20, 933-946, https://doi.org/10.5194/nhess-20-933-2020, 2020.
Karstens jens, Haflidason haflidi, Berndt christian, Crutchley Greth j. 2023. Revised Storegga Slide reconstruction reveals two major submarines landslides 12 000 apart. Commun Earth Environ 4, 55. https://doi.org/10.1038/s43247-023-00710-Y
(coordonnée aimablement communiquées par Mme Frédérique Eynaud maître de conférence université de Bordeaux)
Documents sur l’île de Bouin – Vendée – précédés d’une notice historique par MM Luneau ancien député et Edouard Gallet membre de plusieurs sociétés savantes. Nantes Imprimerie Vincent Forest et Emile Grimaud 1874.
Alexandre Paris. Modélisations de tsunamis d’origine gravitaire dans le Golfe de Gascogne. Sciences de l’ingénieur [physics]. 2017. dumas-01688049
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