- Situation du site (d’après Geoportail ©IGN 2023).

Bretagne (géoportail ©IGN 2023)

Quiberon et le Golfe du Morbihan (géoportail ©IGN 2023)

Site Astronomique de Locmariaquer (géoportail ©IGN 2023)
2. Description
3 monuments emblématiques occupent ce sol depuis plus de 6 000 ans.
Leur masse les a préservés de l’action humaine pendant toute cette période et nous avons la chance de pouvoir encore observer leur disposition initiale.
A) Le Tumulus dit de la Table des marchands

Le dolmen a été récemment restauré en tumulus en 1987, mais conserve précieusement sa dalle de chevet. (Crédit photo jpc)

L’entrée du dolmen (Crédit photo Sylvie Cansot)
B) Le Tumulus Er Grah

Le tumulus vu à partir du sud (jpc). 140 mètres de long pour 2 à 3 m de hauteur.

Le tumulus vu de l’ouest (jpc)

Le tumulus vu depuis le nord avec au fond à gauche le grand menhir brisé (jpc)
C) Le Grand Menhir brisé et son alignement

Le Grand menhir brisé 330 tonnes 20 m de long (jpc)

Les 19 fosses de l’alignement du grand menhir (jpc)
3) Organisation des monuments
Difficile de comprendre l’articulation de ces éléments disparates à partir du sol.
Une vue aérienne ou un plan sont nécessaires pour comprendre la logique cachée.

Site mégalithique de Locmariaquer avec ses axes astronomiques (jpc)
Explications :
A) Le « V ».

Locmariaquer – Forme en V (en jaune), centrée sur le méridien et entourant l’axe circumpolaire (jpc)
L’alignement du grand menhir sur 56 mètres forme un angle de 21° à l’est du méridien.
Symétriquement un autre axe de 120 mètres de long forme un angle de 21 ° à l’ouest du méridien.
L’axe ouest partait du grand menhir pour atteindre le cœur du tumulus Er Grah sous lequel se retrouvent des traces de poteaux alignées dans cette même orientation.
Ces 2 axes dirigés vers le Nord semblent indiquer un objectif situé dans le cercle circumpolaire. Nous verrons lequel.
B) L’angle à 93 ° des stagnations lunaires majeures nord-ouest et sud-ouest.

Locmariaquer – Angle à 93° des stagnations lunaires majeures (jpc)
En partant du cœur de la dalle de chevet de la Table des Marchands, Le premier axe de 106 mètres rejoint le cœur du tumulus Er Grah avec un angle de 315 ° Nord. Le deuxième axe de 51 m rejoint la fosse du Grand Menhir brisé avec un angle de 222° Nord. Ces 2 mesures d’angle correspondent parfaitement aux 2 maximums des stagnations lunaires majeures. Il y a 6700 ans, la lune ne dépassait jamais ces bornes sur l’horizon, et les hommes de la préhistoire avaient remarqué cette particularité. Le fabuleux logiciel STELLARIUM me donne ces limites pour cette période : 315° et 222 ° Nord. (La déclinaison lunaire joue peu, et on obtient aujourd’hui en 2025 :315° et 224° Nord).

Stellarium version 24.4 Archéo astronomie. Copyright (C) 2000-2024 Stellarium Developers .Stagnation lunaire majeure Nord-Ouest à 315 °en 4700 avant JC selon Stellarium (jpc) Les 5 étoiles en W de Cassiopée.

Stellarium version 24.4 Archéo astronomie. Copyright (C) 2000-2024 Stellarium Developers . Stagnation lunaire mineure sud-ouest à 222° en -4700 avant JC selon Stellarium (jpc) Les 3 étoiles alignées appartiennent à la constellation d’Orion.
J’ai fait en sorte de reporter les étoiles repères des stagnations lunaires majeures nord et sud. La constellation Cassiopée pour le nord, tout comme l’association entre la constellation d’Orion et Sirius pour le sud qui sont très faciles à repérer et très utiles pour nous comme pour les Carnacéens, à la différence près qu’en 2025, les 3 petites étoiles alignées d’Orion sont situées sur l’équinoxe et Sirius s’est déplacée un peu plus au nord du fait de la précession.
c) Stagnations lunaires mineures

Locmariaquer – Axes des stagnations lunaires mineures (jpc)
Pour mémoire, nous notons les axes minimums des couchers de Lune sur l’horizon, en constatant, et nous le verrons plus loin que la composition (et la couleur) des menhirs qui alterne entre granite orthogneiss de Sarzeau, migmatite de Kerpenhir, et granite local, tient compte de ces limites !
D) L’équinoxe.

Axe de l’équinoxe (jpc)
C’est une ligne imaginaire qui part de la pointe du tumulus Er Grah, traverse la fosse 11 et la dalle de chevet pour aboutir 3.9 km plus loin à l’est sur le célèbre tumulus de Gavrinis dont la dalle supérieure provient de l’alignement du Grand Menhir. Ces monuments sont en connexion.
E) La Stagnation lunaire majeure sud Est.

Axe stagnation lunaire majeure sud-est et connexion Petit Mont (jpc)
La poursuite de l’axe tumulus Er Grah / Dalle de chevet vers le Sud-Est marquant la stagnation lunaire majeure dans cette direction, nous mène au tumulus Er Hroëck et à celui du Petit Mont de l’autre côté du Golfe.
F) Remarques :
a) La photo aérienne du site montre un alignement du grand menhir d’une longueur de 51 m. Les fouilles ont révélé 55 m dont 4 mètres ont été occultés dans la présentations actuelle du site. L’alignement touchait bien à son extrémité l’axe de la stagnation lunaire.
b) Le Nord des archéologues n’est pas celui du méridien (celui de Google-Earth) que je retiens pour les calculs astronomiques.
c) Il y a bien 19 fosses qui ont été soigneusement analysées par les chercheurs, un 20ème menhir aurait été glissé dans la fosse 13 en partant du sud et en contact avec la fosse 12. (Cassen et al.,2009). On verra ci-après son importance et comment on peut le justifier.



Autour de la Table – Explorations archéologiques à la Table des Marchands de 1986 à 1994 356 Catalogue des plans de fouilles Serge Cassen, Christine Boujot et Héléna Hostein avec la collaboration des étudiants-stagiaires du LARA (université de Nantes) : Frédérique Denieule, Claira Lietar, Pierrick Matignon, Julie Monery, Julie Morin, Elsa Neveu, Amandine Pineau, Thomas Poiraud, Sandy Poirier, Marine Sauvage, Hélène Seznec, Mathilde Villette. P. 374-375 Explorations archéologiques et discours savants sur des architectures néolithiques à Locmariaquer, Morbihan (Table des Marchands et Grand Menhir)
La séquence stratigraphique : corpus des coupes et des blocs-diagrammes. Serge Cassen, Nelly Le Meur avec Philippe Boeckler, Sandy Poirier, Hélène Marzin et Lionel Pirault P. 334
Plan du Site dressé par les Archéologues.

S. Cassen : Nord cartographique (2009)

Leroux Charles Tanguy et al. : Nord magnétique (2006)

Si cette géométrie parfaite semble anachronique pour la préhistoire il y a près de 7 000 ans, il faut rappeler que les architectes se sont bornés à viser les astres dans le ciel et sur l’horizon pour placer leurs mégalithes. Nous avons la chance de pouvoir disposer ici d’un système de repérage complet et intact et les fosses des menhirs disparus suffisent à notre analyse.
Le point de départ de ces calculs se situe sous la table des marchands, il est temps d’en parler, il s’agit de la dalle de chevet.
4) Dalle de l’Observatoire Astronomique Néolithique de Locmariaquer
Au début il y a cette Pierre.
Elle est posée là, seule, à l’est d’un replat sur la crête à 17 mètres d’altitude au milieu de cette presqu’île de Locmariaquer.
Elle domine la mer au Sud et l’horizon est dégagé.
Elle n’est pas très haute (moins de 3 mètres), mais elle est massive et gravée sur ses 2 faces de symboles inconnus et indéchiffrables.

Dalle de chevet de la Table des Marchands. (Photo Sylvie Cansot).
Elle se distingue tout de suite par sa forme ogivale bien arrondie, par sa couleur très claire et surtout par sa composition.
C’est un grès très dur, le grès ladère, très résistant comme en témoigne les gravures intactes après tout ce temps.
Il n’y a pas de carrière de grès dans les environs, cette pierre trouve son origine à plus de 10 km d’ici, dans une zone bien identifiée à l’est de la rivière de Séné vers Vannes.
Depuis, elle n’a jamais été déplacée, et pour la protéger on l’a recouverte de l’un des 4 vestiges d’un énorme menhir brisé retrouvé éparpillé un peu plus loin sur le tumulus de Gavrinis, celui d’Er Grah, et selon moi Mané Lud.
Elle est antérieure à 4500 avant JC, et semble être plus ancienne que l’arrivée des Carnacéens, je l’estime remonter à 4800 – 4700 avant JC, date des premières implantations néolithiques en Bretagne :
Il s’agirait de la culture Villeneuve-Saint-Germain, des rubanés venus d’Europe Centrale par la première vague néolithique (Voir Saga de G2A). Ceux-là mêmes qui ont construit Le tumulus du Manio, mais aussi Barnenez et Carn.
Ils sont contemporains de la culture Lengyel déjà évoquée ci-dessus qui honorait un culte astral en construisant de vastes enceintes à fossés de parfois 200 mètres de diamètre avec des entrées ouvertes sur les solstices, équinoxes et stagnations lunaires.
Nos premiers occupants de Locmariaquer avaient les mêmes préoccupations.
Les premiers archéologues à s’y intéresser, ont retrouvé cette dalle enfouie, coincée sous une énorme table gravée pour former le chevet de ce dolmen.

Le rouzic – les monuments mégalithes 1910.
Son histoire révèle qu’elle fut recouverte et protégée par un dolmen peu après 4300 avant JC au néolithique moyen II (après le tsunami).
Les romains l’auraient fouillée, puis elle fut recouverte à nouveau jusqu’au XIXème siècle, date des premières investigations archéologiques de 1811.
L’exposition aux éléments naturels et les passages des curieux menacent à la fois les gravures et la solidité de l’édifice. On le voit à un tag inscrit en 1912, et à l’effacement progressif d’un symbole solaire situé au centre de la pierre et que je devine au vu des anciennes photographies. On décide donc de recouvrir le tout en 1937.
Des travaux plus récents à partir de 1985 déterrent à nouveau l’édifice pour une fouille minutieuse avec datation, le lieu est ensuite rendu au public en reconstituant un cairn protecteur en pierres sèches.
C’est un objet bien étrange, qui n’a pas d’équivalent. On est tout de suite attiré par ces signes gravés sur les 2 faces. Et on cherche à comprendre. Il y a-t-il un lien avec l’alignement tout proche du Grand Menhir ?
A) La face Ouest
Le verso, enfoui dans le cairn, reste caché aux visiteurs. Les archéologues qui l’ont déterré momentanément ont relevé des symboles qui leur semblaient représenter des croissants de lune. La thèse actuelle retient maintenant une embarcation vide de passagers. Difficile à interpréter…
De ce côté, le grès est strié et semble abimé. Les gravures ont été creusées dans la pierre.


S.Cassen G. Robin 2008 et S. Cassen 2011
Compte tenu de ce qui a été dit sur l’orientation des stagnations lunaires majeures nord et sud qui convergent vers cette dalle j’ai réalisé cette représentation 3D avec le logiciel SketchUp (Les grands menhirs en orthogneiss au sud, les menhirs en granite local au nord, et ceux en sillimanite plus sombre au centre) :

(Logiciel Sketchup / jpc)
L’ombre lunaire de la stagnation majeure nord-ouest atteint la cible au centre.

(Logiciel Sketchup / jpc)
Et l’ombre lunaire de la stagnation majeure Sud-Ouest touche exactement la dalle sur sa tranche.
On peut observer encore aujourd’hui (2024-2025, période de stagnations majeures) la même orientation des menhirs des extrémités Nord et Sud en direction de la même cible.
Mais attention, il vous faudra de la patience, les stagnations Nord et Sud alternent toutes les 13.6 nuits ; il vous faudra aussi un temps dégagé, une pleine lune ou du moins un astre suffisamment brillant et à l’Ouest pour faire de l’ombre jusqu’au dolmen ; imaginer la dalle au centre du dolmen, puis, et c’est moins évident, obtenir l’autorisation des monuments historiques pour pénétrer la nuit sur le site et planter des poteaux repères…
On peut se faire une idée de cette orientation en journée lors du solstice d’hiver, période pendant laquelle les visiteurs observent que l’ombre du Grand menhir atteint le seuil du Cairn situé 7 mètres plus loin que la dalle de chevet.

(Logiciel Sketchup / jpc) Solstice hiver sud-ouest
L’ombre solaire atteint l’entrée du dolmen 7 m plus loin.
Au vu de cette démonstration, on comprend que les gravures servent à attirer l’attention sur le cycle lunaire que chacun peut vérifier de visu.
Il s’agit d’une cible, les symboles représentent un carré au centre (la terre ?) et 3 lunes (ou phases de lune ?) formant un triangle qui entoure ce carré.
La lune et le carré sont surplombés par un demi-cercle qui pourrait évoquer l’espace englobant tous les astres…
B) La face Est
Le recto est actuellement bien mis en valeur, et chacun peut le contempler dans le Cairn, (et aussi au Musée de Carnac).

Moulage de la pierre. Collections du Musée de la Préhistoire de Carnac (photo jpc)
Ces dessins répétitifs sont imposants vus du sol et un peu dérangeants, on se demande quel message voulaient nous faire parvenir les hommes de l’époque.
Certains y ont vu des épis de blé, d’autres, les cheveux d’une déesse mère, les crosses des chefs locaux, ou encore un écusson et des écailles de tortue.
Pour moi, ces « crosses » sont peut-être des chiffres.
La pierre est lourde et exogène, mais ce qui est notable c’est qu’elle est gravée en champlevé. Cela signifie que l’on a pris le temps de frotter le grès très dur autour des motifs pour faire ressortir des signes réguliers. Cette technique très différente de la partie opposée est typique de la culture Castellic. Je suggère que cette œuvre a été réalisée en deux temps : au début, la dalle est un capteur ordinaire pour les ombres lunaires de l’alignement initial. Elle sert de repère Astronomique pour les premiers occupants du site vers 4700 avant JC ; puis les Carnacéens de culture Cerny arrivent sur le site et s’imposent vers 4500 avant JC.
L’arrivée sur le site de la population « Cerny » en 4500 avant JC modifie le paysage. On met l’accent sur le monumentalisme en remplaçant les menhirs (ou poteaux) précédents par des menhirs gigantesques au sud de l’alignement. Des artisans gravent alors très finement dans la pierre leur organisation du temps calculé à partir des menhirs :
C’est un calendrier.
Peut-être le plus vieux du monde.
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Bibliographie :
Le Roux Charles Tanguy, Lecerf Yannick, Tinévez Jean-Yves. X. Er Grah : les structures architecturales. In: Gallia préhistoire. Suppléments, supplément 38, 2006. Monuments mégalithiques à Locmariaquer (Morbihan). Le long tumulus d’Er Grah dans son environnement. pp. 81-107; https://www.persee.fr/doc/galip_0072-0100_2006_sup_38_1_2699
La simulation des faits imaginés : phases, séquences, scénarios historiques. Réflexions conclusives autour d’une barre de stèles et d’une tombe à couloir. S. Cassen.
Autour de la Table Explorations archéologiques et discours savants sur des architectures néolithiques à Locmariaquer, Morbihan. (Table des Marchands et Grand Menhir).
© LARA, Université de Nantes, 2009. N° ISBN : 2-86939-228-1
Le rouzic – les monuments mégalithes 1910.
Ce travail de recherche a utilisé le Logiciel Stellarium :
Zotti, G., Hoffmann, S. M., Wolf, A., Chéreau, F., & Chéreau, G. (2021). The Simulated Sky: Stellarium for Cultural Astronomy Research. Journal of Skyscape Archaeology, 6(2), 221–258. https://doi.org/10.1558/jsa.17822
Le logiciel 3D Sketchup (trimble.com)
Remerciements au Musée de la Préhistoire de Carnac pour permettre la mise en ligne de photos prises dans ses locaux, ainsi que pour les monuments historiques avec le site de Locmariaquer.
Sans oublier Google Earth !
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