Lascaux

La grotte surplombe le corridor de la Vézère qui s’écoule depuis l’Auvergne vers le bassin Aquitain.

Les animaux empruntent ce chemin pour leur transhumance, et les hommes ont vite appris à se poster en embuscade aux endroits stratégiques pour les chasser.

De nombreux sites préhistoriques jalonnent cet endroit qui a obtenu la reconnaissance Unesco en 1979 au titre de valeur universelle exceptionnelle pour ses 147 gisements et 25 grottes ornées depuis le paléolithique https://whc.unesco.org/fr/list/85/.

Situation du site Google/jpc

Lascaux vu de la Vézère Google/jpc

Altimétrie du site situé dans un creux Google/jpc

L’entrée de la grotte dans le creux. Google/jpc

Au vu de ces images, une constatation s’impose, le site est bien posé en hauteur de façon à dominer la vallée mais les chasseurs ne pouvaient pas y observer les déplacements des troupeaux.

Le site ne convenait pas non plus à l’habitat, car son entrée en forme de soupirail (un peu plus large et moins haut que ci-dessus) ne permettait pas l’évacuation de la fumée.

La grotte a une qualité exceptionnelle qui a retenu l’attention des magdaléniens il y a 21 000 ans :

Elle capte les rayons du soleil à son coucher dans un angle de 5° sur l’horizon.

La grotte est disposée de telle façon que le soleil n’éclaire que le plafond et la paroi supérieure.

L‘orientation Nord-Ouest n’éclaire la grotte que l’été

Angle de l’entrée vis-à-vis du méridien Google/jpc

La partie éclairée de la grotte varie en fonction de la date des couchers de soleil et les 3 points A, B, et C que j’ai relevé correspondent à des évènements et des fresques notables :

  • A est dans un angle 285 ° Nord et le soleil est capté à 5 ° de hauteur une première fois le 28/04, et la dernière fois le 14/08.
  • Le point B dans un angle 290° capte le soleil le 08/05 et le perd le 03/08.
  • Le point C est atteint une fois par le solstice d’été le 21/06

Le soleil va éclairer et nous révéler jours après jours quels animaux peuvent être chassés en bas dans la plaine.

La chasse

A) La Licorne :

C’est la première fresque atteinte de la saison. Il y a 21000 ans Stellarium nous donne le 28 avril. Les fresques se poursuivent jusqu’au point B du 08 mai

Fresque tirée du site Lascaux :

https://archeologie.culture.gouv.fr/lascaux/fr/visiter-grotte-lascaux#salle-taureaux

Du 28/04 au 08/05 vous pouvez chasser les chevaux qui comme les pottocks pyrénéens actuels remontent en altitude après le 10/04.

Pour les bisons/aurochs début mai correspond à la période juste avant les naissances de mai et juin où les femelles sont plus vulnérables.

La « Licorne » doit son nom à l’abbé Breuil qui a cru voir une seule corne à la faible lueur des torches. Il s’agit en fait d’un lion. Il n’était pas chassé et craint, on lui fait l’honneur de marquer le début de la chasse et saluer les chasseurs saisonniers.

Ses 2 cornes sont à mon avis un ajout volontaire pour lui faire correspondre une constellation. Nous verrons laquelle.

C) L’Auroch « étoilé » :

c’est le point ultime de la course du soleil qui va nous donner le début de la chasse de cet animal farouche le 21 juin jusqu’au 05/08 le point B

Fresque tirée du site Lascaux :

https://archeologie.culture.gouv.fr/lascaux/fr/visiter-grotte-lascaux#salle-taureaux

Pour la période conseillée par les fresques, cela correspond à la fin des naissances en juin et précède la saison du rut d’août à septembre pendant laquelle ces animaux sont plus nerveux et difficiles à approcher.

B) Les cerfs (ou rennes) :

On les chasse le 05/08 quand le soleil se couche à 290 ° nord. La période semble très courte 2-3 jours d’après la fresque

Fresque tirée du site Lascaux :

https://archeologie.culture.gouv.fr/lascaux/fr/visiter-grotte-lascaux#salle-taureaux

Les cerfs migrent fin mai et repartent en Août. J’ai en mémoire des images de migrations de rennes dans le grand Nord. Ils passent très vite.

Ils sont très nombreux et il ne faut surtout pas rater la date du Passage !

Voici le récapitulatif de cet agenda saisonnier :

Cette approche non exhaustive de Lascaux sur un plan astronomique n’est pas nouvelle. Jacques Willemont et Norbert Aujoulat ont constaté que l’entrée nord de la grotte est orientée vers le soleil couchant en été et peut éclairer le fond de la grotte à ce moment-là. On se tourne alors vers Chantal Jègues-Wolkiewiez qui réalise un travail exceptionnel avec les moyens de l’époque (sans le logiciel Stellarium) pour connaître l’inclinaison du soleil il y a 21 000 ans. Voir le site : http://www.archeociel.com/

« C’est lors du solstice d’été 1999, qu’en compagnie de Jean-Michel Geneste, le conservateur de Lascaux, et de mon mari Jacques Wolkiewiez, que j’ai pu confirmer sur le terrain, la réalité de mon hypothèse : « La visualisation de la lumière solaire sur la porte d’entrée de la grotte pendant 50 minutes environ lors du coucher solaire au moment du solstice d’été, confirme cet éclairement complet de la rotonde pendant cette période solsticiale au temps de la création de l’œuvre. Éclairement permettant même un travail en pleine lumière, presque durant une heure pendant quelques jours par an au début de l’été. Mais aussi lumière de la pleine lune le matin lors du solstice d’hiver ».> .

Ses découvertes ont entrainé il y a 25 ans un vif intérêt du public, mais devant les hésitations de la communauté scientifique, on lui a demandé davantage de preuves. Elle s’est exécutée et a réalisé un travail acharné en collectant le plus possible d’indices archéo-astronomiques sur la plupart des sites préhistoriques. Ses détracteurs ont eu beau jeu de lui trouver des failles éparses dans un large éventail d’études et elle fut ainsi injustement critiquée alors qu’elle cherchait à nourrir la base des connaissances scientifiques.

On peut certes critiquer quelques conclusions comme ses 2 aurochs tournés dos à dos qui indiqueraient la direction du sud avec leurs queues et les équinoxes Est et Ouest avec les cornes. Dans ce cas selon moi tout dépend de la place où l’on se tient. Il suffit d’avancer ou de reculer et la correspondance avec les points cardinaux s’estompe. Cela ne prouve rien.

Ce qui a attiré mon attention c’est la correspondance entre l’auroch « étoilé » et la constellation justement de taureau accompagné des pléiades.

En redessinant la fresque, je suis sidéré de l’exactitude de la position des astres, avec cependant un bémol : les 6 ou 7 pléiades sont étalées alors que dans le ciel c’est une nébuleuse concentrée.

Fresque tirée du site Lascaux :

https://archeologie.culture.gouv.fr/lascaux/fr/visiter-grotte-lascaux#salle-taureaux

On peut mettre cela sur le compte d’une anamorphose liée à l’incurvation de la paroi, mais peut-être aussi le besoin de détailler les étoiles de cette nébuleuse pour les besoins d’une histoire mythique avec ses 6 ou 7 personnages ayant pris position dans le ciel.

Les critiques des scientifiques continuent d’affluer sur cette interprétation astronomique :

  • Pourquoi est-ce qu’une étoile est représentée sous forme figurative au bout de la corne du taureau et une autre sous forme de point ?

Pour julien d’Huy, le grand mythologue, dans les mythes ancestraux répertoriés (ils sont maintenant 100 000 dans la base de données Berezkin), les pléiades sont des hommes ou femmes, et non des points !? (J. d’Huy, 2017). Mais il ajoute lui-même un peu après « sauf s’il s’agit d’un tabou interdisant homo sapiens à se reproduire lui-même ». Et c’est exactement le cas puisque dans toutes les grottes paléolithiques « françaises » si l’homme est représenté (dans 7% des cas en moyenne), il prend l’aspect d’un animal. Par exemple à Lascaux, dans la scène du puits l’homme qui est étendu a une tête d’oiseau. Dans la base Berezkin, j’ai trouvé sous la référence I125 un mythe guyanais (attestant donc son ancienneté) :

< Wawaya prend Tapir (notre taureau) comme amant et qui promet de l’emmener là où le ciel rencontre la terre ; son mari Sirikoai grimpe à un arbre pour cueillir les fruits et quand il commence à descendre elle lui coupe la jambe avec une hache. Sa mère prend soin de lui, et il marche vers l’Est avec des béquilles sur la trace des amants. Il tue Tapir avec une flèche et lui coupe la tête. L’esprit de Tapir s’enfuit au ciel. Sirikoai les suit. Wawaya se transforme en Pléiades, la tête de Tapir en Hyades avec Aldébaran pour œil, et Sirikoai le chasseur en Orion >.

Dans ce mythe, la scène est bien représentée avec la femme et l’homme (les humains) représentés par des points et le taureau (l’animal) bien figuré.

Une fois encore l’argument contraire ne tient pas et l’on peut tout à fait faire correspondre la mythologie avec l’archéoastronomie.

  • Julien d’Huy conteste aussi la représentation de la voie lactée par le défilé des animaux. Comme il dit, c’est hasardeux et il faut reconnaître que les mythes se concentrent toujours sur les mêmes étoiles (Grande Ourse, Cassiopée (un peu), Pléiades, Hyades-Aldébaran, et Orion). On peut toujours associer telle ou telle étoile pour former une constellation et la calquer sur un dessin cela ne prouve pas grand chose. J’ai préféré relier le défilé des animaux à celui des périodes de chasse comme précédemment, mais l’hypothèse n’est pas farfelue, et je fais le rapprochement par la suite de certaines constellations avec certaines fresques.
  • La recherche tend actuellement à prouver que les points dessinés correspondent aux endroits où l’acoustique de la grotte est la meilleure. L’endroit à partir duquel les sons portent le mieux. Ce qui n’est pas antinomique puisque s’il s’agit d’humains on peut les faire parler. Le conteur peut les montrer à l’assemblée et faire parler les personnages de son histoire. J’ai en tête l’image d’un Victor Hugo ou d’un camille Flammarion faisant parler les tables au XIX ème siècle : Esprit es-tu là ? …TocToc…Toc ! .

Les constellations

Il y a 21000 ans on ne sort pas longtemps de la grotte la nuit. Même l’été, il fait en moyenne 16° c. de moins qu’aujourd’hui. Et il n’a jamais fait aussi froid depuis au moins le Riss il y a 130 000 ans. Disons qu’ils étaient habitués et chaudement vêtus. Par contre le ciel était magnifique sans aucune pollution lumineuse, ni industrielle. Leur vue indemne des écrans et des livres était entrainée à voir au loin. Et si je peine à voir les pléiades à la jumelle ou du moins les compter, preuve est faite (par les écrits) que dans l’antiquité on décomptait aisément les pléiades une par une sans aucune prothèse oculaire ; ce qui nous donne une magnitude d’au moins 4,6.

J’ai donc demandé à Stellarium de m’afficher le ciel étoilé il y a 21 000 ans et de filtrer les étoiles à 4.4 de magnitude absolue. Et j’ai vu les constellations qu’ils pouvaient observer à la tombée de la nuit, là en sortant de la grotte vers l’ouest.

  • Le point A : Le lion que l’on appelle Licorne

Il marque le début et la fin de la chasse (ou procession des animaux éclairés par le soleil).

Stellarium/jpc

Je fais correspondre la représentation du lion/licorne avec celle des astres.

A cette date le 14/08, après le coucher du soleil qui éclaire pour la dernière fois de l’année la dernière fresque du lion/licorne, on sait qu’il est temps de rentrer.

Les animaux seront partis et le froid sera intense. Aucune journée ne verra plus les températures au-dessus de zéro et tous les points d’eau seront gelés.

En direction du sud-ouest, la route à prendre, la première constellation de la nuit à apparaitre est celle du Lion.

Le logiciel en date julienne donne le 17/12. Il faut lui retrancher 125 jours pour coïncider avec notre calendrier.

Si la ressemblance ne vous convainc pas, sachez que les astronomes lui donnent encore le même aspect mnémotechnique :

Vision moderne du ciel IAU de 1922 selon Stellarium

Pour mémoire la date de début de la chasse montre le même ciel étoilé au coucher du soleil en direction de l’ouest.

Le Lion le 28/04 au même endroit que le 14/08 mais le matin (stellarium)

  • Le point B : Les aurochs qui se font face

Stellarium /jpc

Les cercles jaunes correspondent aux étoiles témoins et le pointillé vert à l’écliptique

On peut toujours distinguer une forme parmi les étoiles. J’ai ici 2 têtes surmontées de cornes, mais les dates ne coïncident pas avec celles de leur position au sein des fresques. Il faudra donc se contenter des constellations A et C ouvrant et fermant la procession des animaux au sein des fresques.

  • Le point C : L’auroch « étoilé »

L’œil du Taureau c’est Aldébaran. Autour ce sont les Hyades qui forment un petit V, puis les cornes sont limitées par les 2 étoiles Elnath et Tianguan

Les pléiades se cachent derrière le taureau car le chasseur Orion les poursuit. Je ne sais pas s’il faut interpréter les 4 traits pour une flèche tirée, son vecteur est orienté de la même façon que ce soit sur la fresque ou dans le ciel.

Concernant la petite croix devant la tête du taureau, j’ai longtemps cru à une comète, puis à un symbole gravé sur une sagaie retrouvée sur le site. Ma conclusion est qu’il peut s’agir de l’écliptique car juste sous la corne c’est Mars au niveau du pointillé vert.

Culture moderne : selon l’International Astronomical Union qui définit et officialise 88 constellations :

Ci-dessus, 20 000 ans après, les astronomes voient toujours un taureau qui abrite les pléiades et qui se défend contre le chasseur.

Culture indienne védique :

On a toujours le taureau et la flèche d’Orion est encore tournée vers lui.

Culture Grecque :

Cette lutte impliquant ces 3 personnages est universelle et intemporelle.

La lune

Elle passe régulièrement devant le soupirail capteur de lumière de Lascaux. Je n’ai pas pris le temps de regarder une éventuelle correspondance.

Les fresques ne semblent pas la représenter. Cela reste à étudier.

Conclusion

L’objectif pour moi était de montrer et c’est concluant que bien avant Locmariaquer les hommes se servaient des étoiles pour se repérer dans le temps, et qu’ils pouvaient les représenter sous forme symbolique et figurative sur la pierre.

Bibliographie – Références

Les travaux de Mme Chantal Jègues-Wolkiewiez :

http://www.archeociel.com/

Pour voir les fresques :

https://archeologie.culture.gouv.fr/lascaux/fr/visiter-grotte-lascaux#salle-taureaux

La critique :

Julien d’Huy, 2017. Lascaux, les Pléiades et la Voie lactée : à propos d’une hypothèse en archéoastronomie. Bulletin trimestriel juin 2017 N° 267 Société de Mythologie Française : https://shs.hal.science/halshs-01673384

base de données des mythes mondiaux : (option en anglais disponible) :

http://ruthenia.ru/folklore/berezkin

logiciel Astronomie :

https://stellarium.org/

Liens

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