La renaissance de Locmariaquer et le réemploi des mégalithes

Un certain nombre de sites sont distribués dans un périmètre étroit autour du Grand Menhir brisé de Locmariaquer

Il s’agit de dolmens à couloir ayant la particularité de posséder une dalle de couverture hors de proportion avec la chambre.

Ce type de sépulture est une innovation au regard des simples tumuli sans couloir antérieurs à la catastrophe de 4300 avant JC.

Les dalles de couverture auraient pu être plus petites pour se caler aux proportions des chambres sous-jacentes, cela aurait été moins couteux en temps et en énergie pour tailler et déplacer ces mastodontes.

Il s’agit en fait, et nous l’avons déjà vu, du réemploi des menhirs importés en orthogneiss, tombés et brisés de l’alignement du Grand menhir.

La position décentrée est voulue. Elle nous montre une direction qui fait sens.

  1. Le Mané Rutual :

Tracé de la stagnation lunaire mineure à 300° Nord dans l’axe du menhir (Google Earth / jpc)

Ci-dessous, croquis en négatif à partir du sol montrant le couloir, la chambre et la gravure.

L’axe de la flèche bleue est de 300 ° Nord. Il s’agit de la stagnation lunaire mineure, celle qui est atteinte toutes les 18.6 années par la Lune qui ne monte pas plus haut avant de redescendre en direction de la stagnation mineure sud pour un nouveau cycle de 27 jours.

2. Le Mané Lud :

Le Mané Lud en sauvetage (S. Cassen 2005)

Ici encore, la dalle de couverture est hors de proportion avec la chambre (3 fois trop grande)

Sil faut lui trouver un axe astronomique, ce serait l’équinoxe perpendiculaire à la base dans le sens de la pointe tronquée.

Je ne lui trouve à ce jour aucun lien ni axe astronomique pertinent.

3. Tumulus Er Grah

Tracé de la ligne équinoxiale dans la longueur de la dalle de couverture d’Er Grah (Google Earth / jpc).

La dalle posée sur cette chambre provient du menhir « intermédiaire » en orthogneiss des 3 géants d’Orion.

Elle indique la direction de l’équinoxe comme le faisait la dalle 11 de l’ancien alignement.

Le nouveau point de mire semble être Gavrinis visible au loin à 4 km dans le Golfe.

Tracé de l’équinoxe entre Er Grah et Gavrinis (Google Earth / jpc)

Il est notable que ces 2 dalles de couverture faisaient partie d’un même menhir avant sa destruction. Le deuxième de l’alignement, dit « intermédiaire », brisé en 4 blocs.

4. La table des Marchand

Table des Marchands s. Cassen 2009. Corpus des signes

La dalle de chevet (n°10 ci-dessus) en grès ladère indiquait par son profil la base du grand menhir dans l’axe des stagnations lunaires majeures sud (222 °) et par sa face l’axe des stagnations lunaires majeures nord (315°), la pointe nord de l’alignement du grand menhir et le caveau du tumulus Er Grah. (Voir chapitre : L’observatoire de Locmariaquer). Une fois le grand menhir et son alignement à terre, on récupère la base du menhir intermédiaire (déjà utilisé pour Er Grah et Gavrinis) pour la poser au-dessus d’un nouveau tumulus abritant la dalle de chevet. Cette base devenue dalle de couverture indique une direction : la nouvelle dalle du tumulus Er Grah qui renseigne les stagnations lunaires majeures à 315 °Nord.

Schéma du site de S. Cassen, 2009, avec la nouvelle dalle de couverture (jpc)

La grosse flèche bleue pointe en direction des stagnations lunaires majeures nord. J’ai encadré en vert la nouvelle dalle de couverture qui donne la même orientation nord-ouest mais avec une petite divergence de 12° matérialisée par le pointillé bleu. Il est fort probable que la position de cette dalle se contente d’indiquer la présence de la dalle Er Grah à une centaine de mètres pour rappeler la direction des stagnations lunaires majeures.

5. Le Grand Menhir

Il était avant sa chute le point pivot de la forme en V qui encadrait l’axe circumpolaire des constellations Hache, Crosse et Cachalot. Le tsunami a couché la base de plus de 100 tonnes de ce mastodonte en direction du nord-ouest. On a donc pu le laisser en place, probablement en le faisant légèrement pivoter de façon à ce que sa tête soit orientée exactement dans la direction du caveau du tumulus Er Grah. L’axe de 19.5 ° a ainsi pu être conservé.

Forme en V reconstituée par l’axe de la base du Grand Menhir et Er Grah (Google Earth / jpc)

6. Et le Menhir du Bronso ?

Ce « petit » menhir brisé (lui aussi en orthogneiss et gravé) ne couvre pas de dolmen, mais reste posé sur un axe significatif malgré quelques légers déplacements au cours du temps.

Menhir du Bronso (jpc)

Il se positionne dans l’axe de la stagnation lunaire Majeure en lien avec la dalle de chevet des Marchand et la dalle de couverture du tumulus Er Grah.

Tracé de l’axe lunaire majeur entre Er Grah et Bronso (Google Earth / jpc)

Ce n’est pas tout, en se tenant près de lui, on pouvait diriger ses regards vers le dolmen du Mané Rutual au sud à 100 mètres pour connaitre l’axe à 200 ° nord de Bételgeuse. (Ce que désignait l’alignement du Grand Menhir avant sa destruction).

Tracé du nouvel axe à 200 ° nord en direction de Bételgeuse (Google Earth / JPC)

CONCLUSION

Après la catastrophe, l’observatoire de Locmariaquer est détruit et perd tous ses axes astronomiques.

Les survivants dénués de tout vont difficilement redresser la situation. La fuite de la population, les pénuries alimentaires, les querelles et les efforts pour construire les alignements protecteurs de Carnac vont empêcher la reconstruction du site à l’identique.

On va se contenter de redisposer les plus gros blocs en Orthogneiss aux points repères du site.

Les carnacéens vont réduire leurs prétentions ostentatoires et se tourner vers ce qui leur semble essentiel : L’observation des étoiles.

Cette reconstruction démontre que les axes du premier observatoire n’était pas pure coïncidence puisque les nouvelles orientations astronomiques ont été refaites à l’identique.

Bibliographie

Serge Cassen et Guillaume Robin 2009. Le corpus des signes à la Table des Marchands. Enregistrement et analyses descriptives. Autour de la Table – Discours savants sur des architectures néolithiques – La fabrique des images.

Serge Cassen, B. Lefebvre, Vaquero Lastres J., C. Collin. Le Mané Lud en sauvetage (Locmariaquer, Morbihan). Enregistrement et restitution de signes gravés dans une tombe à couloir néolithique. L’anthropologie, 2005, 109, pp.325-384. ⟨halshs-00123459⟩

Cassen Serge, Merheb Mouatassem, Lefèbvre Dominique. Mané Rutual en Locmariaquer (Morbihan). Enregistrement de gravures et simulations architecturales dans une tombe à couloir néolithique Mané Rutual (Locmariaquer, Morbihan) / Recording off engravings and architectural simulations in a neolithic passage tomb. In: Revue archéologique de l’ouest, tome 22, 2005. pp. 93-124.

Serge Cassen, Christine Boujot et Héléna Hostein 2009, catalogue des plans de fouille. Autour de la Table – Explorations archéologiques à la Table des Marchands de 1986 à 1994. Explorations archéologiques et discours savants sur des architectures néolithiques à Locmariaquer, Morbihan. (Table des Marchands et Grand Menhir).

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