La Mesure du Temps

1 Le temps pratique

L’ombre d’un bâton planté droit dans le sol permet de connaître les points cardinaux dont les équinoxes, et aussi avec un peu de patience les solstices pour se diriger dans l’espace.

L’homme constate alors que le déplacement du soleil est régulier et immuable. Chaque journée est réglée par cette course d’Est en ouest, et les saisons s’enchainent dans un cycle annuel.

L’observation du ciel de jour comme de nuit remonte aux origines les plus éloignées de l’humanité. Très vite, l’observation de la Lune vient compléter celle du Soleil.

Au sein des tribus familiales élargies, et dès le paléolithique, les anciens initiaient les plus jeunes à l’observation des cycles mensuels en repérant les phases lunaires du ciel :

 Les lunaisons :

Stellarium version 24.4 Archéo astronomie. Copyright (C) 2000-2024 Stellarium Developers .

D’une nouvelle lune à l’autre on compte 29 jours, 12 heures 44 minutes. Cette durée correspond approximativement à celle de nos mois solaires et son aspect variant au fil du temps permet de découper le temps en mois et en quartiers hebdomadaires ce que ne permet pas le soleil pris isolément.

Puis, sur le temps long, l’année est découpée selon les 4 phases solaires des équinoxes et solstices. Cette méthode luni-solaire est alors universellement pratiquée, très facile à suivre, elle permet aux groupes humains de s’entendre sur la base d’une vision quasi quotidienne de ces 2 astres.

 Aujourd’hui encore, de nombreuses cultures rythment l’année selon cet ordre. Le calendrier musulman est resté fidèle à cette pratique basée uniquement sur les phases lunaires, ce qui n’est pas sans difficulté pour s’accorder sur l’aspect de la lune à un moment donné et d’un pays à l’autre. Ce que l’on retrouve le plus souvent c’est un mixte lune/soleil comme dans le calendrier grégorien (adopté universellement) qui fixe la date de pâques, pivot des fêtes chrétiennes sur un calcul liant l’observation de la phase lunaire au moment de l’équinoxe du printemps (il faut remonter au début de cette phase observée, ajouter mentalement 14 jours ou lunes et retenir le premier dimanche qui suit).

Le temps est une donnée commune et accessible que tout le monde partage.

2 Le temps politique

Au néolithique tout change, la démographie croissante nécessite la création d’une organisation structurée menée par une entité dirigeante. Le temps n’échappe pas à ce mouvement et des chefs, rois ou prêtres s’accaparent ce bien naturel en imposant des règles. Au cœur de l’Europe il y a près de 7000 ans et pour tenir compte d’un climat moins propice à l’observation quotidienne du ciel, on choisit un cycle lunaire plus précis basé sur le déplacement en 27 jours de la lune sur l’horizon, difficile à calculer sans observatoire, il devient alors une affaire de spécialistes et seuls les dominants peuvent connaître le temps légal. Si les sujets peuvent toujours compter les saisons et les lunes ; les fêtes, les évènements communautaires et les commémorations des morts sont du ressort de l’élite. (C’est encore un peu le cas de nos jours, pensez aux clochers des églises, aux carillons des beffrois, aux appels à la prière des minarets ou encore aux horloges des bâtiments publics…).

Ce calcul se fait en scrutant les couchers de Lune sur l’horizon. On repère les points maximums au nord et au sud que la lune parcourt en moyenne en 27,312 jours avant de revenir à son point de départ. En posant des repères au sol (des menhirs ou des poteaux) on peut compter et s’accorder sur le nombre exact de jours qui passent, et même en l’absence de visibilité dans le ciel on connait avec certitude la date du temps présent. Rapidement, on constate que durant ce cycle de 27 jours, la lune ne franchit pas certaines limites au nord et au sud : elle semble buter sur un point maximum et stagner avant de repartir dans l’autre sens. Ce sont les stagnations lunaires. On peut localiser ces stagnations autour des solstices. Mais la lune est facétieuse et diverge du repère précédent avec une régularité insolente, elle tourne autour du solstice sans s’y arrêter. Il faut attendre une génération humaine, 18.6 années, pour voir enfin la lune coïncider avec sa stagnation initiale. Nos savants néolithiques vont réussir à répertorier et prévoir ces stagnations lunaires majeures et mineures et devenir maîtres du temps. Ils vont nous laisser les traces archéologiques de leurs repères au sol.

3 Le temps astronomique

La culture Lengyel en Europe centrale construit entre 4900 et 4700 avant JC près de de 200 ‘’rondels’’ sur des positions élevées du paysage. Il s’agit d’enceintes circulaires palissadées d’un diamètre de 40 à 200 mètres et entourées de fosses de 4 à 11 mètres de profondeur. Une, deux ou trois enceintes entourent un espace plat, laissé nu dans la plupart des cas. Il pouvait contenir temporairement les hommes et aussi le bétail. Protection défensive, rassemblement communautaire festif ou sacré, on n’en connaît pas vraiment l’usage : peut-être un peu tout à la fois. Je fais le rapprochement avec ces plateformes que je décris dans la muraille de Carnac, ou encore avec les henges Britanniques. Ce qui nous intéresse ici, ce sont les entrées de ces structures. Je devrais plutôt parler de sas. C’est étroit, et le plus souvent au nombre de 4 comme les points cardinaux, mais ils ne coïncident pas toujours avec les solstices même s’ils s’en approchent, et dans certains cas, ils s’ajustent précisément aux maximums des stagnations lunaires :

A) Stagnations lunaires majeures.

Ci-dessous, Rondel de Svodin en Slovaquie à 62 km au nord-ouest de Budapest. J’ai tiré des traits dans l’axe des entrées, je pensais couvrir toutes les stagnations lunaires majeures et mineures (quand la lune se couche sur l’horizon), mais le sas est trop étroit. Même le solstice n’est pas capté. Ce sont uniquement les maximums les plus extrêmes qui rentrent dans les axes des 4 portes. Cette occurrence n’arrive que toutes les 18.6 années de notre calendrier (comme aujourd’hui en 2024/2025). Ici l’angle nord-ouest du Rondel donne 315, 6°- 311,4° et le sud-ouest 223.7° et 227.5° à partir du méridien nord. Les données archéo-astronomiques du ‘’fabuleux’’ logiciel Stellarium donnent pour 4800 avant JC à cet endroit et à 190 mètres d’altitude : 316.2 ° (et pour aujourd’hui 315°). Si l’on veut faire coïncider le sas du rondel avec les 316.2° de l’époque il ne faut se baser que sur la première enceinte intérieure : la plus ancienne.

Rondel de Svodin (4800 avant JC) découvert par Viera Němejcová-Pavúková en 1971-1983(https://www.academia.edu/1743110/Neolithic_rondel_in_Svodin_3d_model_for_Google_Earth_) Mis en ligne sur Google Earth par Peter Demján et position par nos soins en jaune de la stagnation lunaire majeure nord-ouest.

Le logiciel Stellarium nous donne pour 4800 avant JC :

Stellarium version 24.4 Archéo astronomie. Copyright (C) 2000-2024 Stellarium Developers. La stagnation lunaire (en vert) croise la ligne d’horizon au point NO au centre de la carte à 316.2°.

Pour le sud-ouest, l’angle maximal possible sur Google Earth est de 222.3° (mais ici aussi avec la première enceinte).  Stellarium donne 222.4° en 4800 avant JC. (Pour comparaison la stagnation lunaire majeure se situe à 223.6 ° à cet endroit en 2025).

Ce n’est pas et de loin le seul exemple, mais une constatation s’impose, si les entrées font penser aux points cardinaux, ce ne sont pas toujours les mêmes orientations qui sont recherchées. Un exemple : le site de Goseck en Allemagne a été reconstitué grandeur nature à partir des traces de poteaux et des fossés. Il s’agit ici de solstices.

B) Solstices

Goseck Saxe-Anhalt (Allemagne) – Google Earth (jpc)

Google nous donne une sortie ouest à 229.15 ° par rapport au méridien

Stellarium version 24.4 Archéo astronomie. Copyright (C) 2000-2024 Stellarium Developers . (jpc)

La ligne rouge, le solstice été en 4800 avant JC était à 229 °

c)   Stagnations lunaires mineures

Google nous donne une sortie sud-est à 123.14 ° N. (jpc)

Stellarium version 24.4 Archéo astronomie. Copyright (C) 2000-2024 Stellarium Developers. (jpc)

Les 2 lignes vertes nous donnent la stagnation lunaire mineure sud-est à 122.3° en 4800 avant JC.

D) Entrée Nord

(Pour l’entrée nord à 6° nous ne donnons pas d’interprétation).

Ces 2 exemples de Svodin et Goseck comme la plupart des autres rondels ne pointent pas les mêmes axes, cet éclectisme des expositions laisse un doute sur la véracité des connaissances astronomiques humaines au néolithique, et certains historiens réfutent cette capacité.

Au vu de ces éléments, on se doute qu’à cette époque reculée, les hommes connaissaient bien le ciel étoilé et qu’ils en tenaient compte dans leur vie quotidienne rythmée par les cycles des astres, mais les scientifiques ne s’accordent toujours pas pour statuer sur la fonction précise de ces installations.

Cependant, durant cette même période, en 4700 avant JC, un groupe d’humains venu de l’est de la France de culture Rubanée, le Villeneuve-Saint-Germain, pénètre en Bretagne à la rencontre de leurs cousins de la vague néolithique venus par la méditerranée et de culture Cardiale.

Cette convergence néolithique est à l’origine de l’expansion du mégalithisme, et les pierres de Locmariaquer vont nous donner la preuve des compétences astronomiques acquises dès cette époque.

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Sources

Ce travail de recherche a utilisé le planétarium Stellarium

https://stellarium.org/fr/

Zotti, G., Hoffmann, S. M., Wolf, A., Chéreau, F., & Chéreau, G. (2021). The Simulated Sky: Stellarium for Cultural Astronomy Research. Journal of Skyscape Archaeology, 6(2), 221–258. https://doi.org/10.1558/jsa.17822

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