L’histoire se situe sur la côte basque. Nous sommes toujours dans le Golfe de Gascogne, mais les tsunamis issus des pockmarks y sont plus fréquents et la tradition en garde une trace encore présente.
Extrait du livre :
Claude Seignolle a repris et peut-être traduit ce récit fantastique de « Tradiciones vasco-cantabras ». 1866. Toulouse. J.V. de Araquistain.
« Il y a environ cinquante ans, dit le vieux marin j’étais mousse sur un bateau de pêche de Déva »…
….« Après avoir amarré le bateau, une fée, la plus âgée, dit à l’autre :
_Ma fille, disons leur adieu pour toujours.
_Pour toujours ? Je ne comprends pas…
_Pour toujours, je te le dis ! Car jamais tu ne reverras ce bateau, ni personne de son équipage : d’ici à 2 heures, ils seront tous au fond de la mer.
_Mais l’Océan est calme comme un lac d’huile !
_Néanmoins, avant qu’ils aient doublé la pointe d’Arrangatzi je ferai s’élever trois vagues immenses, la première de lait, la seconde de larmes, et la troisième de sang. Ils pourront échapper aux deux premières ; mais il n’est rien qui puisse les sauver de la dernière.
_Quelle haine tu leurs portes ! » ….
…. « Tout à coup, et sans que nous ayons pu voir d’où elle se produisait, s’éleva à deux brasses de nous une vague énorme, haute comme une montagne, blanche comme la neige…. Les trente avirons frappèrent l’eau à la fois et la barque s’élança sur la vague. Sa proue disparut dans un nuage d’écume ; mais avant le troisième coup de rame s’éleva devant nous une autre vague plus grande que la première, claire et cristallisée : elle dégageait une vapeur qui brûlait les yeux. Comme tout à l’heure, nous demeurâmes suspendus sur l’abîme pendant un instant, et la vague, franchie par nous, courut se briser en rugissant sur les sables d’Ondarbeltz. La barque repartit, et l’endroit fatal était presque passé, quand nous vîmes embrassant tout l’horizon, la terrible vague de sang venir à nous sous la forme d’un hideux croissant qui nous attirait dans son horrible étreinte avec une force irrésistible… ».
Les marins vont s’en sortir, et des victimes seront comptées mais à terre.
Il faut avoir vécu un vrai tsunami pour le décrire de cette façon. La mer calme, puis ces vagues venues de nulle part si ce n’est du large. Une progression dans l’intensité de la puissance des flots, une composition qui peut être différente, ici on a d’abord pour la 1 ère vague, l’écume blanche comme le lait, puis peut être pour la vague de larmes, le sel concentré du « Diapir » transparent et acide « brûlant les yeux «, et enfin la vague la plus profonde soulevant la vase du fond de l’Océan prenant la couleur rouge. (Sur la côte Cantabrique le diapir de sel de Bakio présente une falaise d’argile rouge du trias).
Les bateaux du large peuvent s’en sortir, mais pas les habitants exposés sur le rivage.
Une note de l’éditeur (M.W. Webster) en bas de page précise que le 12 juin 1880, « à 7 h. le soir, une partie de la mer, vis-à-vis le Passage, vue de la maison Dagieubeta, de Saint Jean de Luz, avait exactement l’apparence d’une vague de sang ». On peut remarquer que la côte basque du côté ibérique comporte de nombreux pockmarks visibles au fond de l’eau, témoins de remontées de liquides salés provenant du crétacé et expulsés par la pression de roches plus denses. Ce type de résurgence provoque des vagues énormes près du lieu d’émission et qui s’épuisent plus vite que celles des tremblements de terre. Elles ne sont donc pas toujours ressenties dans le nord du Golfe de Gascogne. Les légendes de cette région ne les content pas.
« Tradiciones vasco-cantabras ». 1866. Toulouse. J.V. de Araquistain.
Seignolle Claude, “Contes, récits et légendes des pays de France Bretagne, Normandie, Poitou, Charentes, Guyenne, Gascogne, Pays basque”.1997. Omnibus. Presses de la renaissance ISBN : 2-258-04583-5.