Pour la fuite post–tsunami, la tradition révèle l’histoire fondatrice de l’Irlande depuis le déluge dans le livre des conquêtes (Leabhar Gabhâla).
Nous croyons y trouver la trace de la grande migration carnacéenne.
Ce livre a été écrit au XIIème siècle en rassemblant les manuscrits des moines copistes des VIème et VIIème eux même à l’écoute des conteurs gaéliques. (T. Bordas. 2004).
« Cessair, la reine magicienne fut la première à fouler le sol de la verte Erin. Descendante directe de Noé, elle périt avec tous les siens en dépit de ses pouvoirs fabuleux. »
Période Mésolithique. Il s’agit ici de la reine mère ou vénus préhistorique.
« Venu de Grèce vers 2600 avant JC *, Parthollon débarqua en Irlande avec une petite escorte. Lui et ses compagnons abattirent un travail colossal, mirent le sol en valeur, élevèrent du bétail et créèrent même 3 lacs. Ils prospérèrent un temps (5000 ans selon la légende), mais furent finalement anéantis, non pas par leurs ennemis, les Fomoiré, cette race de géants marins qui peuplait le littoral irlandais (parfois évoqués comme des êtres à tête de boucs), mais par une terrible épidémie ».
Les dates sont évidemment erronées, on parle ici de 2600 ans avant JC * et d’un règne de 5000 ans *. Le but ici est de marquer les esprits avec le caractère « antédiluvien » et la stabilité pacifique de ce règne. L’origine Grecque est notable, avaient-ils conscience de la grande vague migrante venue d’Anatolie ? La tradition semble en avoir gardé le souvenir. La « petite escorte » met en avant la fragilité de ces premiers comptoirs de pêcheurs tels que Ferriter’s Cove et Creadan Head dans le Waterford Harbour. Le sol mis en valeur témoigne des défrichements et des premières implantations agricoles. Le bétail est mentionné et nous pensons aux champs de murs de Ceïde Fields. Pour les 3 lacs, on peut y voir une référence directe aux digues entourant Inch Island dans le nord à Ballymoney et probablement destinés à la pêche où l’on trouve les dépôts coquilliers et les silex taillés par pression qui pour nous révèlent la 1 ère vague néolithique de 4500-4300 avant JC venant de Carnac. (Mésolithique final pour les anglais).
Les Fomoiré sont pour nous, à la fois les peuplades indigènes de chasseurs-cueilleurs opposés aux producteurs, mais aussi la symbolique des évènements tempétueux parfois mortels, (comme des tsunamis).
Avec l’épidémie, très probable, il est possible qu’elle ait pu mettre fin à ces tentatives avortées comme le décrit Alison Sheridan.
« Quelques 50 ans plus tard survinrent de nouveaux envahisseurs, les Nemed, mais ils ne firent pas long feu puisqu’ils furent presque aussitôt massacrés par les Fomoiré ».
Est-ce la trace des réfugiés du tsunami de Carnac partis directement de Barnenez avec l’espoir de repartir à zéro sur cette terre promise ?
Sans soutien, ni défense, ils auraient été « reçus » par les Fomoiré déjà échaudés par les nuisances de la 1 ère vague néolithique. Nous serions alors en 4250 avant JC.
« Vers 2400 * apparurent les Fir Bolg, venus de Grèce, qui accomplirent semble-t-il une tâche considérable. Ils instituèrent en effet la royauté et divisèrent le pays en 5 provinces : l’Ulster, le Connacht, le Munster, le Leinster, et le Meath ».
Le conte évalue à 2 siècles (2600 contre 2400 *) l’écart entre la première implantation et la venue des Fir Bolg. On peut donc placer ces évènements dans notre fourchette 4500-4000 avant JC.
La grande migration carnacéenne partie des îles anglo-normandes et de la Rance vers 4100-4000 avant JC est plus structurée et nombreuse, elle couvre alors tout l’ouest britannique jusqu’au Orcades. Pour l’Irlande, il est probable que les principaux chefs se soient répartis le territoire.
Considérés comme « grecs », on leur donne la même origine que le roi Parthollon.
« Les Fir Bolg durent cependant s’incliner devant une nouvelle race d’envahisseurs, arrivée du nord : Les Tuatha dé Danann. Ceux-ci, de race divine, disposaient de solides atouts et possédaient plus d’un tour dans leur sac : le chaudron magique de Dadga qui ne s’épuisait jamais et pouvait aussi ressusciter les morts ; l’épée invincible de Nuada qui relatait les faits d’armes de son possesseur, quand on la retirait de son fourreau ; la lance de Lug et la pierre de Fâl (ou Fail), qui pousse un cri quand un roi d’Irlande s’assied dessus. La pierre de Fâl, qui s’appelait parfois cromm cuaich (la courbe du tertre) aurait été détruite par Saint Patrick qui l’enfouit sous terre à l’aide de sa crosse. Les Fir Bolg gagnèrent les îles d’Aran à l’ouest de l’Irlande et y prospérèrent. On peut encore y voir de nos jours les vestiges du fort de Dun Aengus à Inishmore ».
Sans précision chronologique du texte, on ne peut retenir comme indice que la première mention du rôle de la pierre dans la légende, premier indice du mégalithisme. Datée donc de 3800 avant JC, cette invasion du nord, est pour nous celle des rois carnacéens établis au nord entre l’Ecosse et Newgrange. Annexant les autres royaumes irlandais plus au sud, ils légitiment leur domination en reprenant les codes de la ploutocratie ostentatoire lignagère. Dotés de pouvoirs magiques divins, ils sont élus par les dieux et doivent justifier de la pureté de leur ascendance par des mariages consanguins. C’est ce que révèlent les fouilles et analyses ADN faites à Newgrange pour ce IVème millénaire.
Les preuves d’incestes rappellent et anticipent les mœurs dynastiques égyptiennes. Autre point de comparaison, le rôle des grandes constructions marquant le paysage comme les tertres, donnant des preuves tangibles aux yeux de tous de la puissance de ces rois.
Détail anachronique : l’épée. Cela fait bien sûr penser à la période du bronze, mais rappelons la guerre de Troyes d’Homère et ses erreurs multiples dans la composition des armes et les modes de combat. Avec moins de 8 siècles de distance.
Je fais le lien ici avec les haches polies sacrées des carnacéens. Comme pour l’épée de Nuada, le possesseur d’un tel objet de valeur qui vous présente l’objet ne tarit pas d’anecdotes à son propos, comme aujourd’hui encore parmi les populations néolithiques indonésiennes. Voir Petrequin (2009).
Devant une telle prétention à la divinité encore symbolisée par la présence contemporaine des mégalithes, il fallait bien que les moines copistes de l’ère chrétienne trouvent une réponse.
La crosse de l’évêque Saint Patrick fait l’affaire et enterre cette pierre de Fâl maudite qui prétend désigner le « vrai » roi d’Irlande. Le comble est que la crosse est justement l’ancien emblème du pouvoir chez les carnacéens…
« Les Tuatha Dé Danann furent peut-être les constructeurs de mégalithes. Ils auraient vécu en Irlande au cours du second millénaire * avant notre ère précédant l’apparition des Gaëls. Le triomphe des tribus de la déesse Dana ne se fit pourtant pas en un jour et il fallut 2 sanglantes batailles pour assurer leur suprématie. Un premier affrontement opposa les Fir Bolg aux Tuatha à Mag Tured (Moyra). Au cours de la bataille, les tuatha dé Danann prirent l’avantage, mais leur roi Nuada, perdit la main droite. Il dut alors céder la place à Bres le fils d’Elatha, roi des Fomoiré, dont le royaume se trouvait au fond des mers. Bres se comporta en tyran, accablant les Tuatha et favorisant de façon éhontée les Fomoiré. Lorsque Nuada remonta sur le trône, Miach lui ayant confectionné une nouvelle main, Bres se réfugia auprès des Fomoiré. Le conflit devenait inévitable ».
Nous avons ici, la confirmation de l’origine des mégalithes irlandais.
L’invasion et la prise du pouvoir par les Tuatha se fait avec l’aide des anciens chasseurs cueilleurs indigènes. Mais ces derniers se heurtent à un plafond de verre et ne sont pas récompensés de leurs efforts. La famille royale règne sans partage. Une nouvelle guerre est inévitable.
« La seconde bataille de Mag Tured fut terrible. Lug, commandant en chef des troupes de Dana, rassembla les dieux et distribua les rôles : Dagda userait de sa massue, Goibniu forgerait glaives et lances, Ogma insufflerait l’énergie nécessaire à la victoire, Diancecht soignerait les blessés, etc… Si la préparation de la bataille avait duré 7 ans, les combats eux-mêmes ne s’éternisèrent pas. Lorsque Ogma et Nuada succombèrent, Lug décida de se jeter dans la mêlée pour affronter son grand-père, le géant cyclope Balor, sans doute le plus redoutable des Fomoiré. Celui-ci, grâce à son œil, pouvait en effet foudroyer ses ennemis d’un simple regard. Au plus fort de la bataille, Lug s’approcha de Balor et parvint de sa fronde magique, à lui lancer une pierre dans l’œil. Celle-ci s’enfonça si profondément dans l’orbite que l’œil de Balor traversa son crâne et vint terrasser les Fomoiré qui se trouvaient derrière lui, scellant ainsi le destin du conflit. La victoire des Tuatha dé Danann s’avéra totale, les Fomoiré furent rejetés à la mer et Morrigane proclama partout le succès des tribus de la déesse Dana. Le triomphe fut complet lorsque Lug et Dagda rejoints par Ogma qui avait ressuscité, retrouvèrent la harpe sacrée, qui avait été dérobée par les Fomoiré. Bres, fait prisonnier, échappa à la mort, car il livra les secrets de l’agriculture aux Tuatha. Désormais, les vaches d’Irlande auraient toujours du lait et les moissons seraient éternellement bénéfiques ».
Le commandant des troupes de Dana est métis puisque son grand-père est du camp adverse. L’assimilation commence à se faire et est profitable permettant de gagner les combats et surtout de protéger les cultures et le bétail des « prédateurs » chasseurs-cueilleurs.
Nous devons nous situer aux alentours de 3200 avant JC si l’on prend en compte le début de la prospérité et des constructions de Newgrange.
« Peu après, cependant, les Tuatha durent céder la place aux Milésiens, les fils de Milé, venu d’Espagne. Ceux-ci célébrèrent leur victoire à Tara, la capitale royale. Le grand poète Amergein décida que la douce Eriu (ou Erin) qui avait accueilli les milésiens, donnerait son nom au pays. Il ordonna aussi que les Tuatha disparaissent sous terre pour rejoindre les royaumes des fées. Ceux-ci habitèrent alors sous les collines, où les mortels pourraient leur rendre hommage. C’est ce qui explique peut-être la localisation de sanctuaires sur les tertres ou dans les plaines d’Irlande.
Les fils de Milé, ancêtres des Gaëls, restaient maîtres du sol irlandais ».
Cette partie coïncide justement avec l’arrivée de la vague campaniforme en 2000 avant JC venue du nord de la mer noire, mais passant par le nord de l’Italie, le sud de la France et l’Espagne, et la Bretagne pour remonter dans les îles britanniques. Génétiquement et on le constate dans toute l’Europe il y eut un grand remplacement des Adn mâles Y I2A2 et G2 par les R1 qui sont encore aujourd’hui majoritaires parmi les européens.
Ma tentative de datation d’une légende peut faire sourire, mais je suis bluffé par certains détails relevés dans ce texte. Comment des moines du VIème siècle peuvent-ils avoir une idée aussi juste de la suite des évènements sur une aussi longue période ? : L’implantation des premiers colons, le passage et la confrontation entre mésolithique et néolithique avec le développement de l’agriculture, l’avènement du mégalithisme concomitant avec un pouvoir lignager, et enfin le changement ethnique à l’origine des irlandais contemporains :
les gaéliques.

Bordas Thierry, préface Brunel Pierre. 2004. Petite encyclopédie de la mythologie des celtes et des vikings. Editions Molière. ISBN : 2-84790-176-0.
Petrequin 2009 Site internet : Jade, grandes haches alpines du néolithique européen. Film 3ème minute. https://images.cnrs.fr/video/6397.
* Datations selon la légende.