4300 avant J.C.

C’est pour les historiens le passage du néolithique moyen I au néolithique moyen II, du castellic I au castellic II, et l’avènement du chasséen.

A cet instant tout change :

1 La taille, l’architecture, et l’emplacement des tombes sont modifiés. Les cairns ou tumuli de pierres sèches deviennent collectifs. De nouvelles chambres sont juxtaposées aux anciennes, elles deviennent rectangulaires avec un couloir d’accès sous d’énormes dalles. Ces dolmens à couloir sont construits plus en retrait du rivage dans l’arrière-pays ou sur les hauteurs avec le remploi de stèles issues d’anciens tombeaux disparus. Ces dolmens se répandent à peu près partout : au nord de l’Armorique, dans les pays de la Loire, le poitevin, la Charente, et toujours en retrait du Golfe de Gascogne. Pour le royaume de Carnac, certains tumuli sur les hauteurs à plus de 15 mètres d’altitude actuelle sont conservés et agrandis par l’ajout de cairns protecteurs en pierres sèches comme au petit Mont et au Mané Lud. La tombe à couloir connaitra un succès international en se diffusant en Irlande, Ecosse, Portugal, Espagne, et l’ouest méditerranéen sur plus de 1000 ans.

2 Dans ces tombes, les perles en variscite de la mine andalouse d’Encinasola monopolisées par les défunts carnacéens vont être retrouvées en retrait de la côte bretonne dans les landes de Lanvaux, Auray et Laudun. Elles vont suivre la diaspora carnacéenne dans la Manche du Finistère aux îles anglo-normandes avec la culture Pinnacle, mais aussi à Bougon dans les Deux-Sèvres. Tout se passe comme si des fuyards avaient essaimé leur coutume et leurs richesses aux alentours en désertant leur lieu d’origine.

3 Les haches, symbole de pouvoir et dont Carnac détenait la moitié des modèles en jadéite du mont Viso à l’échelle européenne, passent de mode; et 4300 avant J.C. marque leur déclin. (P. Pétrequin et al. 2012). On retrouvera des modèles copiés du style Tumiac carnacéen (perforé) sous la forme Cangas dans un autre matériau, la Sillimanite, en Cantabrie, qui selon moi intégrait la thalassocratie carnacéenne. Un nouveau modèle en jadéite qui rappelle les haches carnacéennes fait son apparition à Zug dans le nord de la Suisse. Ce sera le dernier témoin de ce symbole probablement initié par des réfugiés carnacéens. Le Royaume-Uni n’est cependant pas en reste, 6 à 8 siècles plus tard alors qu’elles ont disparu du continent, on les voit réapparaître transportées et conservées dans les tombeaux mégalithes comme des reliques sacrées.

4 Les menhirs et dolmens de Galice émergent à partir de 4300 comme à Chousa Nova (S. Dominguez-Bella, M.J. Boveda, 2011). Alors que les gravures de cachalot disparaissent de Carnac qui semble tourner le dos à la mer, elles sont recopiées dans de nombreux sites de Galice à partir de cette date.

Sites d’implantation carnacéenne en Galice

Hache Tumiac carnacéenne en jade alpin. 24 Villa Pedre

Haches à talon perforé 1 Cangas 2 Oviedo 3 Castro de Pendia et vila pedre 4 Fornos dos mouros Ortigueira 5 Vilalba 6 Mamoa das cabras 7 Ponteareas Ourense 8 Figueiró Tomiño 9 Bragança

Gravures dites « Cachalot » : 10 Dombate 11 casas dos mouros, pedra coberta 12 Espinareido 13 Lamoso 14 Cha de Parada Abobobeira.

Sites emblématiques : 15 Anta do Serramo 16 Chousa nova 17 Monte dos Marxos 18 Coto dos mouros 19 Axeitos 20 Chan de Armada 21 Portela do pau 22 Mines de variscite de Palazuelo 23 Fuente de Cellada (Adn G2A).

La diaspora carnacéenne s’est surement implantée durablement sur ces terres tout comme en Irlande. Puis entre 4000 et 3900 c’est l’explosion du nombre de tombes à couloir dans cette région (P. Arias et al., 2005). A cette époque, la mine toute proche de Palazuelo remplace celle d’Encinasola pour l’exclusivité des exportations de variscite vers l’intérieur du Morbihan. La Catalogne suit le mouvement, dès 4300 ses tumuli deviennent collectifs avec couloirs. Une mine de sel est initiée dans les montagnes à Cardona (Weller O. et al., 2007) compensant l’arrêt de la production de la façade atlantique (pour preuve, les plats à sel collectionnés dans les tombeaux carnacéens disparaissent du paysage dès cette époque). Sartène pour la Corse et Li Muri pour la Sardaigne reprennent entre 4300 et 4000 la configuration des alignements de type ouvrages hydrauliques carnacéens.

5 Tout se passe comme si les 2000 ans de « Go west » depuis l’Anatolie sont subitement interrompus par un évènement qui provoque le refoulement de la grande migration néolithique. La façade atlantique, cette Californie européenne qui attirait toutes les cultures, est devenue un repoussoir que tout le monde cherche à éviter. Si les mouvements de population se présument à partir de l’architecture et des artefacts retrouvés près des tombeaux, il en est tout autrement des traces d’habitats. Il y a à partir de 4300 une vague d’implantation dans l’intérieur des terres armoricaines et les sites répertoriés par les archéologues sont  : Plouedern, Chateauneuf du Faou, Guennoc, Carn et Barnenez dans le Finistère. Keravin, Coeby, Croix Saint Pierre dans le Morbihan, Vezin le Coquet près de Rennes, Saint Samson sur Rance. Lamballe et Saint Nicolas du Pélem dans les côtes d’Armor. Pinnacle à Jersey. Banville près de Fleury dans le Calvados. Les exemples sont nombreux.

6 Au niveau international, faut-il relier ces évènements avec ceux du royaume de Varna situé près de l’embouchure du Danube sur la mer noire ? Le changement est tout aussi brutal. Les riches tombeaux remplis d’or et de cuivre disparaissent et les squelettes trouvés témoignent d’un changement de population. Ce sont des Yamnas dont l’haplogroupe R1 monopolise les tombes à partir de 4300. Ils sont blonds, de grande taille et très nombreux au vu des villages fortifiés groupés au nord et l’ouest de la mer noire. Originaires d’Ukraine et de Russie, ils domptent pour la première fois les chevaux qui donnent un avantage stratégique. Mais c’est leur système immunitaire plus résistant que celui des autres haplogroupes qui va leur permettre de s’imposer et fournir 80 % de la population européenne actuelle. Pour l’instant, la forêt européenne cantonne ce peuple qui va coloniser l’ouest 2000 ans plus tard.

Comment expliquer ces bouleversements ?

Relevons les faits connus :

1 Le changement climatique. Le climat se refroidit un peu par rapport à l’optimum climatique, mais il est surtout accompagné d’une pluviométrie très importante accompagnée d’inondations. Entrainant probablement de mauvaises récoltes et pourquoi pas d’épidémies. Il n’y a pas d’éléments archéologiques pour le prouver.

2 La montée du niveau marin. Le début et le milieu du Vème millénaire montre un coup d’arrêt à la montée inexorable de la mer. Peut-être le premier depuis 12 000 ans avec même une légère régression. La reprise de la transgression après 4 300 avant JC n’est pas de nature à provoquer un cataclysme transformateur.

3 L’activité sismique est perceptible par le tephra (rejet volcanique) de 4300 retrouvé dans les monts du Forez (G. Jouannic, 2015). Dans tout l’holocène, la période 4900-3500 est unique et recense les éruptions de Montcyneire, Montchal, Pavin, Beaunit et Sarliève. La gravure dite anthropomorphe de Buthiers dans l’Essonne possède une coiffe faîte de flammes (S. Cassen et al. 2014).

Est-ce la personnification de ces géants menaçants ?

Anthropomorphe de Buthiers (Essonne) « Rocher barbu ».

(D’après la reconstitution de S. Cassen et al. 2014).

Cette activité volcanique témoigne d’une période d’activité tectonique de la chaîne Hercynienne. Des séismes ont eu lieu en écho sur les failles du Morbihan et de Machecoul provoquant probablement la chute d’une quarantaine de menhirs en granite orthogneiss vers 4300 selon S. Cassen. Un de ces séismes aurait provoqué la chute du grand menhir ? La position des pierres cassées montre plutôt une chute dans un sens, suivi d’un retour des 3 plus petits blocs dans le sens contraire témoignant d’un mouvement de va et vient…

Et le tsunami ?

Pour le tsunami dont nous envisageons la possibilité, il s’intègre sans difficulté dans l’enchaînement chronologique des évènements. Les séismes évoqués ci-dessus peuvent provoquer des glissements sous-marins et/ou des remontées de méthane. Et le cataclysme à très bien pu entrainer la fuite tous azimuts des survivants carnacéens.

Le souvenir de la puissance des vagues détruisant les tertres en terre comme des châteaux de sable encourage les survivants à changer la conception des tumuli. On garde l’ossature de pierre que l’on recouvre d’énormes dalles protectrices avec un couloir d’accès. Les survivants restés sur place à Carnac décident dès 4300 de dresser une barrière de pierre et de vase sur 11 rangées au niveau le plus haut atteint par le tsunami (il y eut peut-être 10 répliques). Ce type douvrage hydraulique se retrouvait précédemment sur le rivage pour limiter les effets de l’érosion. Le remonter en amont devait sembler une évidence.

Sur le plan politique, le cataclysme provoque la fin de l’hégémonie des G2A. Les Chasséens I2A remontent progressivement la France du sud vers le nord entre 4300 et 4000 puis finissent par remplacer la culture castellic carnacéenne après cette date. Faut-il faire le rapprochement avec Varna où le remplacement des G2A par les R1 témoigne de cette perte d’influence ?

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Pierre Pétrequin, Michel Errera, Araceli Martin, Ramon Fábregas Valcarce, Jean Vaquer. 2012. Les haches en jades alpins pendant les Vème ET VI ème millénaires. L’exemple de l’Espagne et du Portugal dans une perspective européenne. Congrés Internacional Xarxes al Neolític – Neolithic Networks Rubricatum. Revista del Museu de Gavà, 5 (2012) – ISSN: 1135-3791.

Salvador Domínguez-Bella, María José Bóveda. Variscita y ámbar en el Neolítico gallego. Análisis arqueométrico del collar del túmulo 1 de Chousa Nova, Silleda (Pontevedra, España). Trabajos Prehistoria 68, N.°2, julio-diciembre 2011, pp. 369-380, ISSN: 0082-5638 doi: 10.3989/tp.2011.11075.

Pablo Arias Cabal, Luis C. Teira Mayolini, Angel Armendáriz Gutiérrez. El fenómeno megalítico en la región Cantábrica. Estado de la cuestión. 2005. https://www.researchgate.net/publication/329590672.

Gwénolé Jouannic, 2015. Caractéristiques physiques et chimiques fines des cendres volcaniques : Applications à la tephrostratigraphie. Thèse. Université de Franche-Comté. DOI : 10.13140/RG.2.1.1351.0647. P28.

Serge Cassen, Valentin Grimaud, Laurent Lescop, Duncan Caldwell. Le rocher gravé de la Vallée aux Noirs (Buthiers, Seine-et-Marne). Bulletin du Gersar, Juin 2014, Art Rupestre, 65, pp.25-37. Hal-01513677.

Weller Olivier, Figuis Alfons, Grandia Fidel. 2007. Première carrière de sel gemme Européenne : Le Vall Salina à Cardona (Catalogne, Espagne) au néolithique moyen. 4500-3500 BC. L’exploitation du sel à travers le temps D. Monah, Gh. Dumitroaia, O. Weller et J. Chapman (Eds.) BMA, XVIII, Piatra-NeamŃ, 2007 pp.115-134.

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