Çayönü situé au pied du Taurus dans le sud-est de la Turquie entre le Tigre et l’Euphrate est l’un des premiers villages de l’humanité. Construit il y a 10 000 ans avec des maisons rondes aux fondations en pierre (pour certaines), on y a inventé la taille des outils en pierre par la technique de la pression au levier, l’utilisation précoce du cuivre natif (sans métallurgie). L’obsidienne y était échangée et retouchée. Plus tard on y sera avant-gardiste pour les figurines en terre cuite et la domestication. Niché au sein de la région des stèles en T de Göbekli Tepe, le village se distingue par 2 piliers sans chapiteau. On peut aussi mentionner la présence d’un menhir situé au milieu d’une place dédiée, au cœur du village.
Voici les découvertes :
1 Adn (Y) J2A1A (8496-8306 avant JC),
1 G (7601-7524 avant JC), (Altinisik et al.2022). Il est l’un des premiers G de notre Saga à mi-chemin entre Göbekli et le Taurus. Probablement acculturé en ce lieu pré-mégalithe.
Il semble que la population Y était mélangée avec des pratiques funéraires différentes. La concentration d’Adn Mitochondriaux K1(note 1) témoignerait elle d’un matriarcat matérialisé par le culte des figurines ou du moins une matrilocalité atypique ?
Pour le Taurus :
A Boncuklu : 1 G2A2B (8300-7952 avant JC),
et 1 G2A2B (8212-7952 avant JC).
A Asikli : 1 G2A2B (7945-7890 avant JC).

1 Göbekli Tepe 2 Nevali Çori 3 Cayönü 4 Göllü Dağ 5 Boncuklu 6 Aşikli Höyük 7 Tell Qaramel 8 Dja ‘De 9 Tell Halula 10 Atlit Yam 11 Kfar Hahoresh 12 Munhata 13 Motza et plus loin, Jericho 14 ‘Ain Ghazal 15 Wezmeh 16 Tepe Abdul Hosein 17 Ganj Dareh 18 Belt cave 19 Hotu cave 20 Kotias 21 Çatal höyük 22 Ba ‘jà.
Donc, les premiers Adn G2A apparaissent dans l’histoire au niveau des montagnes du Taurus vers 8000 – 7000 avant JC, ils font partie des premiers éleveurs d’animaux domestiqués (moutons, chèvres) et se sédentarisent à Boncuklu et Aşikli, puis plus tard à Çatalhöyük, lieux parfaitement situés car proches du grand lac salé de Tuz qui fournit cet aliment nécessaire au bétail, et proches des mines d’obsidienne de Göllü Dağ. L’eau vient des montagnes du Taurus et leur population peut croître. La génétique montre qu’ils se font chasser du site vers 6700 avant JC et remplacer par les H3 et C1A2.
On les retrouve avec leurs troupeaux (caprins et bovins) dès 6700 avant JC (6905-6590) sur la côte est de la mer Egée, justement lors de la période dite de l’effondrement néolithique.
C’est ainsi que les archéologues définissent cette période pendant laquelle des villes disparaissent, remplacées par des villages sans sépultures. C’est une nouvelle population amenant avec elle les premiers bœufs domestiqués, la technique du débitage des silex par la pression au levier déjà signalée plus haut, la poterie, la peinture murale et les figurines féminines dites Yarmoukiennes. Il s’agit de personnages en argile aux yeux en forme de grain de café au style bien particulier.

Est-ce une nouvelle croyance qui recourt à la crémation ou d’autres types d’inhumation et conserve le souvenir des défunts par le fétichisme ?
Ces figurines ont été utilisées par des H2 dont on retrouve l’Adn à Motza (près de Jérusalem) en 6750 avant JC (7300-6200).
La proximité géographique et chronologique avec le site mégalithique de Atlit Yam est à souligner.
Ce site est actuellement submergé au large de Haïfa (nord Israël) et daté de 6 600 ans avant JC. On y a trouvé sous la mer une structure rituelle faite de 7 menhirs gravés entourant une source et des squelettes bien conservés. A quand l’analyse Adn permettant de relier les pointillés du mégalithisme ?
Les occupants semblent cependant éloignés de la culture néolithique. Les maisons sont en pierre, mais l’élevage semble inconnu malgré la consommation d’animaux domestiques, et les végétaux stockés raisins sauvages et pavots « sonnent » davantage mésolithique.
L’alimentation était tournée majoritairement vers les produits marins. Un indice toutefois, ils inhument leurs défunts à l’écart des habitations, ce qui les distingue de leurs proches voisins levantins.
On sait que cette population de chasseurs cueilleurs et marins-pêcheurs avait creusé un puits très proche du rivage. Les archéologues plongeurs qui l’ont découvert sous la mer pensent que les villageois ont abandonné le puits lorsque la nappe d’eau douce est devenue salée.
L’explication me semble insuffisante, car la tradition orale devait bien témoigner de cette transgression marine. Je pense que ces villageois se sont sciemment installés au bord du rivage dans les dunes pour piéger l’eau salée et extraire le sel avec ce puits. On retrouvera cette technique de puisard en Roumanie à Lunca-poiania pendant la migration des G2A. Les dimensions du puits sont 5.25 m de profondeur et 2.5 m de diamètre.
L’idée d’une coexistence pacifique et profitable entre chasseurs-cueilleurs et éleveurs n’est pas improbable. On la retrouvera à Lepenski vir et peut-être Carnac. Cela sera le cas beaucoup plus tard au Congo entre Bantous et pygmées. L’histoire se répète. Et je vois très bien nos éleveurs se procurer le sel auprès des pêcheurs en échange de la viande d’animaux domestiques.
La présence de mégalithes est peut-être aussi due à cette relation. Je fais l’hypothèse que les H2 occupant Motza sont d’une culture semblable à celle de Cayönü près de l’Euphrate au nord de Göbekli, où des menhirs, (dont un de 2 mètres déjà cité plus haut) sont retrouvés sur la place principale (Özdögan M. et A., 1989).
C’est donc à Çayönü que la pression au levier a été inventée, que la poterie sombre est devenue rouge comme les peintures sur les menhirs et que les Aurochs ont été domestiqués*.
Domestication* : Il y a 11000 ans, les montagnards du Zagros, Caucase et Taurus suivent les troupeaux de chèvres et moutons et les appâtent en fournissant du fourrage, de l’eau mais surtout des pains de sel nécessaires à leur physiologie. Les hommes protègent les troupeaux des prédateurs avec leurs chiens et les caprins deviennent dépendants.
Il en est tout autrement pour la vache.
Son origine il y a 10 500 ans est très localisée : un troupeau de 80 têtes entre Çayönü et Dja ‘de. (Bollongino R. et al. 2012).
Issue de l’Auroch, animal géant, farouche et agressif, sa domestication est contre nature.
Mais en regardant la stèle de Göbekli dessinée plus haut (page Göbekli Tepe) et sur laquelle l’animal est placé en position dominante, on comprend le respect et peut-être la vénération dont il faisait l’objet. Les fouilles des 2 sites de Çayönü et Dja ‘de montrent des murs extérieurs entourant des cours recouvertes de litières, de chaux et de briques pilées, et des piliers peints.
Je vois très bien un Auroch capturé puis élevé dans un enclos au milieu du village, mis en valeur pour être montré à tous comme un objet sacré. Au bout de 1000 ans de captivité, en 7500 avant JC, la taille de l’animal est devenue plus petite et surtout il est devenu plus docile. Il va pouvoir commencer à conquérir le Monde.
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Bibliographie
Altinişik et 25 al.,2022. A genomic snapshot of demographic and cultural dynamisms in upper Mesopotamia during the Neolithic Transition. Science Advances 8 (44), eabo3609. Doi : 10.1126/sciadv.abo 3609. Annexe : Table S3.
Özdogan Mehmet, Özdogan A. Çayönü. A Conspectus of Recent Work. In : Paléorient, 1989, vol.15, n°1 pp 65-74. Doi : https://doi.org/10.3406/paleo.1989.4485 https://www.persee.fr/doc/paleo_0153-9345_1989_num_15_1_4485
Bollongino Ruth, Burger Joachim, Powell Adam, Mashkour Marjan, Vigne Jean-Denis, Thomas Mark G. 2012. Modern Taurine Cattle Descended from Small Number of Near-Eastern Founders. Society for Molecular Biology and Evolution. Doi : 10.1093/molbev/mss092.
Note (1):
(L’Adn (x) K1 se retrouve chez 17.5% des morbihannais modernes et chez Ötzi !..)
Dubut, V., Chollet, L., Murail, P. et al. mtDNA polymorphisms in five French groups: importance of regional sampling. Eur J Hum Genet 12, 293–300 (2004). https://doi.org/10.1038/sj.ejhg.5201145 (voir le tableau 2 page 296).
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