La génétique a fait d’énormes progrès ces 10 dernières années. Le fichier mondial des paléo gènes s’enrichit de toutes les recherches et publications scientifiques liées à la détermination génétique des restes d’ossements trouvés dans les fouilles du monde entier.
On sélectionne une série de gènes dans les allèles d’un chromosome pour les comparer avec d’autres séries référencées, les haplo types, et on les classe par haplo groupes.
Cette série de gènes est choisie parmi ceux qui ne mutent pas pendant la méiose (division cellulaire). Ce qui permet de retracer les filiations mère-enfant et père-fils. Heureusement pour nous, il y a quand même une mutation qui se produit de temps en temps, parfois au bout de plusieurs siècles permettant de différencier les groupes.
On peut donc dresser un tableau d’évolution depuis l’origine.
Pour les femmes, on analyse l’Adn mitochondrial.
L’arbre génétique des ADN X se présente ainsi :

Pour les hommes, on analyse l’Adn nucléaire (noyau cellulaire).
L’arbre génétique des ADN Y se présente ainsi :

Pour résumer, disons que les groupes A et B sont africains, C « Cro-Magnon » est le premier à sortir d’Afrique avant D à l’origine des mongols, tibétains, d’une partie des indonésiens et du tiers des japonais modernes, E qui occupe actuellement une partie du Moyen-Orient, et enfin F qui regroupe le reste des 80 % de non africains. Dans ce dernier groupe, K va finir par prendre l’ascendant en fournissant la population asiatique avec NO, et 80 % des Européens avec R1.
Cette nomenclature a été mise en place en 2010 et remplace la précédente déjà obsolète que vous pouvez encore trouver dans la littérature. Ce qui témoigne de la jeunesse de cette technique. Les nouvelles machines de séquençage permettent de cibler rapidement et à moindre coût les gènes chromosomiques.
Les techniques d’extraction s’améliorent et l’on peut trouver maintenant de l’Adn par exemple à partir des dents moins poreuses que les os.
La méthode PCR devenue célèbre depuis les tests COVID permet de récupérer les signaux faibles des ossements anciens, et notamment l’Adn Y.
Cette évolution crée une nouvelle science :
La paléo-génétique
Les perspectives sont en théorie considérables : on peut tenter de reconstituer l’arbre généalogique de tous les humains pour suivre leur origine et surtout leurs déplacements.
Mais le travail est immense et nous ne sommes qu’au début du déchiffrement.
A partir des données déjà disponibles en ligne, grâce aux travaux de Carlos Quilès et Jean Manco, j’ai pu collecter près de 14 000 gènes anciens du plus vieux vers – 46 000 ans jusqu’à l’an mille. Ce qui permet de préciser en partie ce que l’on sait déjà de la sortie d’Afrique et des mouvements de population jusqu’au moyen-âge.
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Copyright 2013-2018 Jean Manco, Copyright 2018-2021 Carlos Quilès.
Pour la période du début de l’holocène jusqu’au chasséen de – 12000 à – 4000 ans, nous ne disposons plus que de 2300 gènes. Et dans ce lot nous isolons 600 gènes Y (transmis des pères aux fils)
Ce qui reste beaucoup trop faible pour cocher toutes les cases historiques, mais permet d’esquisser un premier dessin. Le chromosome Y (les hommes) est plus pertinent et plus simple à suivre géographiquement. Nous ne privilégierons donc pas les ADN mitochondriaux X (transmis par la mère à ses enfants), souvent complémentaires, mais brouillant les pistes compte tenu de la patrilocalité*.
Cet ADN mitochondrial est cependant utile lorsque l’on cherche à comprendre le degré d’intégration des groupes humains et les changements culturels.
En moyenne 3 fois plus disponible dans les études génétiques, il permet de pallier à la rareté d’ADN Y anciens exploitables.
La patrilocalité * est une constante culturelle dans les sociétés préhistoriques ; constatée dès Néandertal.
Du fait d’un taux de mortalité élevé lors de la procréation et d’une moyenne triennale des enfantements, les femmes se font rares dans les sociétés mésolithiques.
L’avènement du néolithique permettant de nourrir les nourrissons avec du lait animal augmente la fréquence des naissances qui devient annuelle et donc les décès des mères. L’enjeu pour la survie du groupe ou du clan est de se procurer des épouses dans les autres tribus.
Les hommes restent, et les femmes partent rejoindre la tribu de leur époux.
L’étude et le suivi de la répartition des chromosomes Y (mâles) permet de suivre dans le temps et l’espace les cultures humaines confirmant ou infirmant ce que l’on sait par l’archéologie (Habitat, pratiques funéraires, alimentation, artisanat, etc…).
Il faut voir l’haplo groupe Y constant obtenu grâce à la patrilocalité comme un marqueur de descendance au même titre que les patronymes transmis par les pères aux enfants, qui sont à notre époque moderne, comme une réminiscence de cet usage patrilocal.
Pourquoi choisir de suivre les G2A ?
Les restes Adn sont mieux conservés et plus nombreux. On va les retrouver bien différenciés à chaque étape de la vague néolithique. Pour les autres groupes humains présents au Moyen-Orient, les pratiques mortuaires nous empêchent de disposer d’échantillons suffisants. Il va falloir se contenter des acquisitions archéologiques et de quelques traces éparses d’Adn.