Lède du Gurp
Site archéologique dunaire de La Lède du Gurp (Grayan).
L’endroit est étudié depuis de nombreuses années par les archéologues/géologues car il produit de nombreux restes archéologiques et couvre tout l’holocène. C’est le « spot » Aquitain.
L’érosion très forte (10 m/an) et permanente due aux tempêtes hivernales dégage des coupes sédimentaires dans la dune et fait apparaître à nu les dépôts sédimentaires Pléistocènes et Holocènes.
Une zone fouillée LDG (Lède du Gurp) dans le cadre du projet InterLabEx Cote/Lascarbx 2013-2015 LitAq donne 4 séquences G1 à G4 en 2014 étudiées pour leur lithostratigraphie par imagerie classique et rayons X couplée à la spectrocolorimétrie, la fluorescence X, des analyses granulométriques et morphoscopiques, ainsi que des datations radiocarbones. Ces 4 séquences sont cohérentes avec la transgression flandrienne (remontée des eaux de la dernière déglaciation holocène).
Selon les auteurs, (Faye et al., 2019), au-dessus du substrat calcaire éocène, on distingue 3 couches en partant du bas sous le sable proprement dunaire :
La première (dite U1 en gris ci-dessous) située entre 1 m et 3m au-dessus du niveau marin actuel est composée d’une tourbe argileuse qui retient à sa base du bois et des écorces calcinées datées de 9 900 ans calibrés BP (soit 7900 ans avant JC ), on peut ignorer la partie inférieure.
La deuxième (dite U2 en jaune ci-dessous) est située entre 3 et 4 m d’altitude est composée d’argiles sableuses organiques grises avec de nombreux restes de poteries et silex.
La troisième (dite U3) située à 4 m est constituée sur 0.5 m de tourbe brune avec des restes végétaux.
C’est l’époque moderne dont le sable dunaire sus-jacent était déjà érodé en 2014..
Fait notable à 2.5 m d’altitude au sommet de la couche tourbeuse U1 et juste en dessous de la couche U2, on détecte 10 à 15 cm de teneur élevée en soufre pour les 3 séquences étudiées (carottes G2, G3 et G4). Une datation faite à ce niveau dans la séquence G4 nous donne 6250 ans cal. BP (soit 4300 avant JC).
Dans la couche U2, les restes d’organismes surtout aquatiques, observés en microscopie, et le quartz, sont prédominants. Ils témoignent d’une incursion marine.

La stratigraphie détaillée révèle une modification substantielle de la composition révélée par les mesures XRF dans les 3 carottes. Des oscillations dans les éléments dominants détectés par XRF en G3 et G4 sont témoins du bouleversement sédimentaire accompagné de soufre.
Les chercheurs à l’origine de cette synthèse relèvent l’anomalie en soufre sans en expliquer la cause avec certitude. Il pourrait s’agir d’une intervention humaine (*), mais sans justifier l’alternance argile tourbeuse / sables avec vestiges archéologiques. Cette alternance fait pour nous partie des signaux tsunamiques. Ce qui conforte notre hypothèse justement pour le période 6250 bp (soit 4300 avant JC).
Selon moi, cette transition provient du premier tsunami qui dépose ses composants soufrés venus d’une proche lagune saumâtre (**) et anaérobie contenant des bactéries sulfato-réductrices. Cela semble logique puisqu’un tsunami remue les sédiments en profondeur pour les projeter à quelques centaines de mètres plus loin sur le rivage. La présence actuelle de remontées de méthane au large de la Gironde pourrait aussi nourrir ce type de bactéries expliquant ici aussi la présence du soufre avec la vase argilo sableuse.
Le deuxième tsunami reproduit le même scénario en remuant les objets anthropiques de la période néolithique et complétant le niveau à 4 m en submergeant selon mon hypothèse les paniers à sel (*).
(On notera qu’un troisième tsunami aurait les mêmes effets balayant la dune, arrachant la mince couche de tourbe U3 et laissant la vase argilo sableuse sur le site).
Simon Faye, Frédérique Eynaud, Mathieu Bosq, Clément Lambert, Florence Verdin, Pierre Vequaud, Ophélie Lodyga, Hervé Dériennic, Pascal Lebleu, Stéphane Bujan, Isabelle Billy, Bernard Martin et Julia Roussot-Larroque(†), « Holocene palaeoenvironmental evolution of the Médoc peninsula (SW France) : insights from the sedimentological study of the ‘‘Lède du Gurp’’ archaeological site », Quaternaire, vol. 30/1 -2019, 31-46.
Florence Verdin, Frédérique Eynaud, Pierre Stéphan, Gilles Arnaud Fassetta, Mathieu Bosq, Frédéric Bertrand, Serge Suanez, Clément Coutelier, Flrent Comte, Stéphanie Wagner, Christelle Belingard, Vincent Ard, Claire Manen, Guillaume Saint-Sever, et Grégor Marchand (†), Humans and their environment on the Medoc coastline from the mesolithic to the roman period. Quaternaire, vol. 30/1 -2019, 77-95.
Le panier à saumure de la Lède du Gurp : histoire d’une découverte De 2015 à 2019, le LabEx Sciences archéologiques de Bordeaux a suivi l’histoire de la cuve à saumure découverte sur une plage du nord Médoc, la Lède du Gurp. Ce film a été réalisé en collaboration avec des chercheurs des laboratoires AUSONIUS, (LabEx LaScArBx), EPOC (LabEx COTE), TRACES, CREAAH, Arc-Nucleart, ainsi qu’avec des conservateurs du Service Régional de l’Archéologie (DRAC-SRA) et du Musée d’Aquitaine (Ville de Bordeaux).


Lien internet https://www.youtube.com/watch?v=cBIf_cZYqfg
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Grand merci à Mme Frédérique Eynaud qui me fournit les données sédimentologiques redessinées en soulignant les traces de soufre.
Et qui complète aussi mon texte de quelques remarques dont les 2 astérisques ci-dessous.
(*) Le site donne lieu à la découverte exceptionnelle de paniers à salaison datés du milieu du 4 ème millénaire et posés au-dessus de la couche soufrée (Florence Verdin et al., 2019):
Je cite Mme Eynaud :
« Nous pensions de notre part sans preuve, à un lixiviat issu des salaisons faites dans les paniers qui ont été trouvés installés sur ce niveau soufré. Il y a bien 3 paniers découverts en 2014-2015 qui sont toujours posés sur ce niveau et qui auraient pu servir à la salaison (ossements retrouvés en parallèle) ».
(**) L’origine lagunaire n’est pas obligatoire pour justifier la présence du soufre. La dégradation anaérobie de la matière organique peut se faire naturellement in situ.
Selon Mme Eynaud :
« Pour moi, une inondation ou submersion déposant des argiles et du matériel organique peut induire une anoxie, sans besoin d’évoquer la vidange d’une lagune ».
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Sans pour autant donner raison à mes idées ni les réfuter, plusieurs chercheurs comme Mme Eynaud sont ouverts à mes demandes même si elles proviennent d’un amateur. Je me dois de le souligner ici.