Plage de Luzéronde au nord-ouest de l’île.
Fouille archéologique d’urgence de 2019.
Ici nous sommes en première ligne à 23 km de la fosse du Croisic, épicentre estimé du 1er tsunami.
Nous n’avons pas eu l’autorisation de publier la coupe stratigraphique isolant les couches sédimentaires, ni les photos de l’intervention des archéologues sur le site. Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés ». (J.M. Large et T. Vigneau, 2021).
Cependant, il se trouve que nous nous sommes déjà rendus sur la plage de Luzéronde en mars 2023 pour profiter du sable clair, du bleu lumineux de la mer et d’une eau « baignable » ! L’occasion de prendre des photos du site était trop belle, et nous pouvons rendre compte ci-dessous des restes de la fouille 4 ans après, des 3 strates bien marquées, et des derniers vestiges du dernier dolmen de Noirmoutier sur la plage de l’Herbaudière toute proche.
La tempête Xinthya a balayé la dune auparavant protégée par un éperon rocheux. Depuis, après chaque tempête hivernale, le sable se découvre un peu plus et des archéologues vigilants ont pu détecter un foyer préhistorique visible par la couleur rougie du granite. Une fouille d’urgence a été effectuée sur 4m2 et ses résultats en 2019 nous sont pertinents.
Il s’agit d’un feu de camp daté de 4486-4342 avant JC au carbone 14 par accélérateur à partir de charbons de bois coincés sous les pierres.
2 niveaux se distinguent immédiatement, je cite le rapport :
« Il faut distinguer sous la dune (US1) deux niveaux bien distincts de sables limoneux :
Le premier (US2) a la particularité d’avoir une matrice très sableuse et une couleur qui passe du gris au gris sombre, au fur et à mesure que l’on descend dans la stratigraphie. Ce changement de couleur est dû à la migration des particules limoneuses qui s’enfoncent progressivement par illuviation pour atteindre un plancher induré, compact, celui du contact avec l’US3. Cette situation est très classique dans les comblements sablo-limoneux que l’on rencontre sur l’ensemble du littoral en Vendée et en Bretagne. Ici, la couche US2 correspond à un niveau ayant subi anciennement un remaniement. Ce remaniement est bien visible par le mobilier qui a été recueilli : la plupart des tessons de céramique sont roulés et les plus récents semblent être datés du Bronze ancien, époque qui correspond sans doute à la mise en place progressive du réseau dunaire dans ce secteur de côte.
La couche US3 (en dessous), dont le sommet forme le sol d’occupation initiale a une fraction argileuse plus marquée et, surtout, contient de nombreux fragments de roche issus du substrat gneissique à passées de pegmatite. Les quartz ont souvent des impacts éoliens, preuve de la mise en place de ce niveau en contexte périglaciaire. »
Le feu de camp (prétsunami) repose sur la couche de base formée de 40 cm d’argile, de cailloux et de sable éolien, puis au-dessus de lui, une strate de 40 cm de sable limoneux humique grisâtre au-dessous de 40 cm de sable dunaire blond. Les fouilleurs ont réalisé 10 passes de 4 cm dans le sable limoneux. Au niveau du foyer, on retrouve peu de charbons de bois, tout près, repose un bloc de gneiss avec percuteur, peu de silex et pas de tessons. Entre la base et le sommet aucun restes anthropiques ni coquillages. Puis au sommet de cette couche limoneuse, l’accumulation de restes anthropiques postérieurs au néolithique moyen validant la date du 2ème tsunami (entre 4300 et 2400 avant JC) puis celle de l’envahissement du lieu par les dunes.
Le rapport de fouille insiste bien sur l’aspect remanié des objets trouvés, le foyer est incomplet car l’on ne connaît pas avec certitude sa forme initiale, des silex et percuteurs ont été roulés à partir d’un endroit proche et au même niveau. Près du percuteur il n’y a pas de débris, ils sont comme nettoyés. Entre les couches sur 30 cm : rien. Et enfin sur la partie supérieure, de nombreux tessons brisés et roulés sont datables du néolithique récent au bronze ancien (2400 avant JC).
Une caractéristique particulière attire l’attention des chercheurs, je cite :
« Tout semble être resté figé depuis l’époque de l’utilisation fonctionnelle des lieux contrairement aux observations effectuées par F. Letterlé (en 1986) sur une partie du site située à une quinzaine de mètres plus au sud. Les traces de cette activité ont semble-t-il été rapidement enfouies par un sable très humique ».
La scène semble s’être rapidement figée (comme à Pompéi ?). Les chercheurs justifient la couche limoneuse par « du sable ayant rapidement enfoui le foyer et qui s’est fortement chargé en matière humique par la suite ». Mais alors comment expliquer d’une part sa présence quasi soudaine et d’autre part le fait qu’il soit de plus en plus sombre en descendant dans la couche ?
Mon interprétation est la suivante :
Un artisan travaille ses silex près de la côte, il fait un foyer avec des galets trouvés sur la plage pour sa cuisine et/ou travailler la pierre. Le tsunami de 4300 avant JC recouvre ensuite la scène de ses débris vaseux figeant le décor en expulsant les outils légers (poteries, silex, charbons de bois, ossements). Seuls restent les gros blocs de pierre, des silex exogènes et quelques charbons de bois incrustés sous les pierres brûlées. L’endroit est peu fréquenté, puis probablement un 2-ème tsunami recouvre à nouveau la scène vers 3200 avant JC d’une même couche limoneuse pour compléter les 40 cm de la strate.
Les hommes fréquentent à nouveau le site, y laissant leurs tessons au-dessus de la couche. Celle-ci posée sur un terrain plat résiste à l’érosion laissant le sable la recouvrir au gré de ses déplacements dunaires jusqu’à notre époque.
Voici, une photo du site prise 4 ans après la fouille de 2019 :

Plage de Luzeronde 4 ans après la fouille.
Si vous consultez le rapport des archéologues (dont la référence est fournie en bas de page) vous pourrez constater que les moellons calcinés ont été retirés laissant ces trous dans la dune. Nous avons les 30 cm de sable blond dunaire, et la végétation. Puis les 40 cm de sable limoneux et enfin les 20 à 30 cm sablo-argileux sur le granite. Nous sommes à 5 m. d’altitude. Comme le site est bien endommagé, j’ai pris une photo 3-4 mètres à gauche où les strates sont bien visibles.

Plage de Luzeronde, le substrat pierreux et argileux, le sable limoneux horizontal du tsunami, et la dune moderne.
Une autre vue prise un peu plus loin avec les couches bien marquées :

Plage de luzéronde
- La roche
- La couche pierreuse
- Le limon sableux sans pierres
- La dune contemporaine
Faisons les remarques suivantes :
On a donc, à la base le socle en granite, une couche sédimentaire, notre épisode néolithique sur 40 cm daté de 4400 avant JC à 3200 avant JC, puis plus rien si ce n’est la dune…
La couche limoneuse représente 1200 ans marquée à sa base par des traces anthropiques datées à 4400 avant JC.
Pas d’autres traces au milieu de cette couche. Puis à sa surface, des restes archéologiques postérieurs à 3200 avant JC (peut-être 2400).
Et enfin la dune jusqu’à l’époque actuelle.
La transgression marine flandrienne souvent évoquée dans les mémoires des géologues a bon dos, il n’y a pas de traces de coquillages dans cette couche, et le niveau marin n’a jamais atteint cette altitude actuelle de 5 mètres.
La couche limoneuse grise se retrouve sur tout le littoral du golfe de Gascogne, à Luzeronde elle représente à elle seule l’ensemble de la période holocène hormis la dune sableuse. Cette couche est bien horizontale comme aplanie par une submersion marine.
Près du dolmen de l’Herbaudière détruit à 500 m au nord de Luzeronde, nous trouvons aussi une couche grisâtre dans la dune qui s’érode mais en son milieu une bande de 4 cm de petit cailloux et coquillages y sont incrustés. Nous n’avons pas les moyens de dater ces restes.
L’Herbaudière devait se situer plus près du rivage néolithique permettant au tsunami d’y déposer ses débris marins biologiques.

Dune du dolmen de l’Herbaudière. Sous couche de coquillages.
Pour se rendre compte de la disposition des 2 sites lors du premier tsunami, nous dessinons ci-dessous le rivage théorique néolithique situé 5 m plus bas qu’actuellement. On voit que la vague provenant de la fosse du Croisic a parcouru 4 km sur la terre pour atteindre l’Herbaudière et peut-être y laisser des coquillages, et 6 km pour atteindre Luzéronde en passant par l’îlot actuel du Pilier sans laisser de dépôts biologiques visibles. Cette distance du rivage exclut l’apport de dépôts tempêtueux à cette altitude.

Ci-dessous les restes du dernier dolmen de l’île en phase terminale :

Dolmen de l’Herbaudière
Luzéronde est un témoin essentiel de l’évènement, car nous pouvons dater le recouvrement ubiquitaire des côtes Bretonnes et Vendéennes par le tsunami.
Ici la mer a déposé 40 cm de limons à 10 mètres d’altitude à partir de 4300 av.JC !
Jean-Marc Large et Thomas Vigneau, « Un foyer du Néolithique moyen à Luzéronde (Noirmoutier-en l’Île, Vendée) », Revue archéologique de l’Ouest, 37 | 2021, URL : http://journals.openedition.org/rao/6753. DOI : https://doi.org/ 10.4000/rao.6753. CC BY-NC-ND 4.0.
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