Dôme Gascogne

Campagne SUROIT IFREMER de 1981

En 2001, le jeune chercheur Sébastien Zaragosi que nous mentionnons dans la partie du glissement Morbihan, étudie une carotte prélevée par la mission Suroit au cœur du Golfe de Gascogne.

Extrait du livre :

Le dôme Gascogne s’élève en pente douce à -3 000 m au milieu de la plaine abyssale située à -4 000 m. Les courants sédimentaires du fond marin ne modifient pas la structure en place située au-dessus. Nous avons sur ce dôme situé 45° 30’nord et 5°ouest, une dépose régulière des sables, argiles et planctons révélateurs de l’environnement alentour. Une carotte SU 8150 située 45°23’nord 04°39’ouest et prélevée en 1981 à -4 320 m de profondeur par le navire Suroit de l’Ifremer montre ainsi 1 évènement exceptionnel situé au milieu de l’holocène (mais avec une précision millénaire qui peut englober 2 tsunamis) où le taux de quartz est 3 à 4 fois plus élevé que lors des 10 autres millénaires de cette période.                                     

Cette carotte fait 10 mètres. Pour la dater, il suffit de compter un plancton fossile : le Pachyderma. Comme son nom l’indique c’est un géant ! Pensez donc, il fait au moins 300 microns de diamètre. Il est plus facile à repérer au microscope, et comme de nombreux planctons, sa croissance en spirale change de sens en fonction de la température de l’eau. A gauche (senestre) quand il fait froid, et à droite (dextre) pendant les périodes plus chaudes. On calcule donc la proportion sénestre/dextre et on en déduit l’époque.

 Ci-dessous, la base de la carotte située à droite du graphique de 10 mètres à 8 mètres correspond à la période glaciaire (il y a 20 000 ans et plus).

Le réchauffement de la période suivante se retrouve de 8 mètres à 4.5 mètres avec moins de Pachydermas sénestres et surtout peu de grains détritiques (sables quartziques). A partir de 4.5 mètres, (il y a 14 000 ans) le froid revient (Henrich 1 ou Dryas ancien) avec des dépôts détritiques (quartz) posés par les icebergs, les Pachydermas sénestres sont dominants. Le réchauffement Allerød de 1000 ans à partir de 1.4 mètres sur notre carotte voit le retour des dextres et l’absence d’Icebergs.

Le dernier coup froid du Young Dryas entre 12700 et 11 700 ans avant aujourd’hui est matérialisé par la dernière zone grise entre 1 mètre et 80 cm par rapport au sommet de la carotte (à gauche du graphique).

Carotte SU8150 DOME GASCOGNE 4320 m. (S. Zaragosi 2001). P 95

On peut donc situer l’holocène qui nous intéresse sur les 80 derniers centimètres de la carotte, qui représente 10 000 ans et dont voici l’image grossie :

Détail période holocène de la carotte SU8150 DOME GASCOGNE (Zaragosi 2001).

Entre 30 et 50 cm avant la partie grise du Dryas récent, nous relevons une pointe (flèche) du nombre de grains détritiques sans modification climatique et qui se situe donc par extrapolation dans la fourchette de 4 387 à 7 312 ans, soit 2400-5300 avant JC. (Avec une précision millénaire * qui peut englober les 2 tsunamis).

 Le taux de quartz est 3 à 4 fois plus élevé dans cette fourchette que lors des 10 autres millénaires de cette période.

Cette pointe du nombre de grains détritiques témoigne du remuement des sables abyssaux et révèle son origine tsunamique.

On remarquera dans cette étude de 2001 une précision moindre que celle du chenal de Santander réalisée en 2015 par Sandra Brocheray. La technique évolue vite et nous permet de découvrir des détails de plus en plus pertinents.

Liens :

Le Pourquoi pas ?

Le Chenal de CROZON

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Sébastien Zaragosi. 2001. Les systèmes turbiditiques profonds de la marge celtique armoricaine (golfe de Gascogne) : physiographie et évolution au cours des derniers 30 000 ans. Sciences de la Terre. Université Sciences et Technologies – Bordeaux I, 2001. Français. NNT : tel-00999640.

* précision millénaire :