
De la muraille, il ne reste plus que le squelette de pierres.
Cet ouvrage unique recouvrait à l’origine les files de menhirs d’une gaine de terre, de vase et de branchages.
Ce sont les murs.
Aux endroits rocheux comme Kerlescan et une partie de Kermario on se contente d’arracher des monolithes à l’état brut à partir des affleurements présents. Les plus grosses pièces sont ramenées sur les hauteurs proches des plateformes élevées et la répartition des menhirs subit une loi décroissante vers les points bas du relief. Ces pierres ne sont pas taillées, bouchardées, ni gravées. Elles sont fichées là, souvent la pointe en bas, et toutes, la face tournée vers la mer. On respecte scrupuleusement un espace régulier entre les files, et du mieux possible entre les menhirs d’une même rangée.
En l’absence de carrière proche les menhirs sont importés des zones du littoral entre Erdeven et Ménec en passant par Ste Barbe et Plouharnel où les affleurements rocheux sont du même granite que ceux de Carnac. Mais Jacques Miln, en explorant Kermario, y découvre un gros monolithe en granite de Quiberon. Et de rares témoins de réemplois de pierres gravées et taillées plus finement se retrouvent éparpillés dans les alignements.
Le travail est colossal, on rassemble rapidement sans égard pour leur sacralité tous les menhirs disponibles et le principal souci est de les aligner régulièrement selon un plan précis sur une distance incroyable d’une dizaine de kilomètres.
Mon hypothèse est que ces travaux sont accompagnés d’un remplissage des espaces entre les menhirs pour compléter les files de pierres par de la terre et de la vase, avec des branchages coincés et tenus par les mégalithes dressés.
Ces terrassements se retrouvent encore dans les grands tumuli qui témoignent du savoir-faire et des capacités des Carnacéens à déplacer de grandes quantités de terre. Les menhirs servant de piliers pour conforter la structure se retrouvent dans les quelques ouvrages hydrauliques situé sous la mer entre Quiberon et La trinité, ou encore au bord des fleuves au niveau des seuils de marées dynamiques (Voir page des ouvrages hydrauliques).
Maîtrisant déjà ces techniques, les Carnacéens évitent l’erreur qui consiste à construire des digues élevées pour résister directement aux éléments. Ces ouvrages servent à retarder et détourner la puissance des eaux.
Les gardiens de Polder savent de nos jours que le principal souci devant une intrusion marine, c’est de faire en sorte qu’elle puisse s’évacuer le plus rapidement possible sans rencontrer d’obstacles.
Ces contraintes expliquent pourquoi les murs sont moins élevés voir insignifiants en bas du relief, là où la mer peut se retirer, et pourquoi on utilise une matière meuble comme la vase ou le limon plutôt que des moellons.
J’illustre ci-dessous ce raisonnement :
- Alignement actuel de Kermario
Vue à partir du moulin en regardant la plateforme élevée à l’extrémité ouest.
Le point bas est situé au centre du dessin.

- Alignement complété par les murs de terre
On fait en sorte que la muraille dépasse en altitude le niveau maximum atteint par le précédent Tsunami.
On longe donc la crête.

- Alignement inondé sur ses points bas par une nouvelle intrusion marine encore plus haute

- Alignement après le reflux de la première vague.
Une partie des couloirs est intacte et peut être empruntée par les survivants pour atteindre le point de rassemblement situé sur la plateforme avant le retour d’une deuxième vague.

- Cas où l’alignement aurait été complété par des moellons

- Alignement en moellons après le passage de la vague.
Les couloirs restent inondés par l’eau retenue par les pierres. Ils sont impraticables.

Cette hypothèse de murs remplissant les espaces entre les menhirs serait évidente et indiscutable s’il restait quelques vestiges du passé.
Ce n’est pas le cas.
Cependant, en Europe continentale on recense près de 50 000 dolmens élevés il y a entre 6 000 et 3 000 ans. On sait qu’ils étaient à l’origine recouverts de terre ou de pierres et que l’érosion et la main de l’homme les ont dénudés. Ceux qui demeurent intacts comme les grands tumuli carnacéens ou d’autres comme Gavrinis, ont été recouverts d’une couche de limon hydromorphe protectrice s’intercalant entre les moellons et faisant ciment. (Cette technique ponctuelle réalisée vers 3200 avant J.C. précède à mon avis un départ définitif des descendants Carnacéens après le 2ème Tsunami. Mais ce n’est qu’une hypothèse).
La muraille de Carnac n’a pas fait l’objet d’un soin particulier car il n’y a pas de site sacré, ni de sépulture à protéger sous les alignements.
Les murs ont donc probablement disparu du paysage au bout de quelques millénaires en ne laissant que les piliers.
Le Royaume Uni est un cas à part. Les «Henges » constitué de sable et de terre sont encore bien visibles. Ces structures sont des talus construits 1 à 2 millénaires après Carnac, donc plus récents, et ils ont été consolidés et réutilisés avant et après l’ère romaine. L’érosion n’y a pas achevé son œuvre.
Le sol des alignements de Carnac est particulier. Sa composition est différente de celle des alentours. Jacques Miln au XIXème siècle fut témoin d’une exploitation quasi industrielle de la tourbe entourant les alignements et provoquant la chute des menhirs. Mélangée aux algues du littoral, les paysans l’entreposaient au bord des chemins pour la faire fermenter et obtenir un engrais efficace. Cette présence de tourbe sur le sol rocheux et exposé de la crête ne s’explique selon moi que par l’existence de murs empêchant l’eau de pluie de s’écouler naturellement pendant une durée d’au moins 1 000 à 2 000 ans.
Voilà pour mon explication.
A vous de juger…
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