C’est peut-être le monument le plus emblématique de toute la préhistoire.
20 m de hauteur, et avec une masse de 330 tonnes il serait resté debout entre 6500 et 6300 avant aujourd’hui avant de se retrouver éclaté en 4 morceaux qui se recoupent exactement comme les pièces d’un puzzle sur ce site de Locmariaquer.
Le premier Bloc (8 mètres de longueur) :

Les 3 autres morceaux :

Vue d’ensemble :

Les 4 morceaux redressés :

C’est pour nous une preuve majeure du cataclysme pour 3 raisons :
- La date de sa chute, longtemps controversée ne fait plus de doute grâce aux études effectuées sur le site par les archéologues qui ont réussi à dater les différentes couches sédimentaires entourant les fragments de roches orthogneiss spécifiques aux 4 plus gros menhirs de cet alignement qui en comportait 19. De plus, une carrière d’extraction contourne juste après cette époque le 2éme bloc couché. (cassen ,Tinévez, 2012).
- L’analyse sédimentaire faite sur 92 coupes du site (Cassen et al., 2009), nous révèle la présence d’un limon hydromorphe gris-blanc daté de 6300 avant aujourd’hui et accompagné dans la partie sud de sable grossier d’origine marine. Nous en donnons une étude précise dans le livre et à la page Locmariaquer de ce site internet.
- Le gros bloc de la base s’est couché dans le sens de l’impact de la vague faisant heurter et cassant les 3 autres blocs sur un 2ème menhir tout proche et aujourd’hui disparu. Cet axe est très important, car il pointe du doigt l’origine du tsunami : Le sud-est. Cet axe est aussi la seule origine possible compte tenu de la position géographique des îles Houat et Hoëdic, Belle île et Quiberon, qui empêchent la venue d’un tsunami venant du sud ou de l’ouest (voir chapitre « l’origine du 1er tsunami« ).

Cet axe est aussi volontairement orienté dans la direction du tumulus Er Grah et fait partie d’une structure architecturale globale que je décris à la page : L’observatoire de Locmariaquer
Mon interprétation est que les survivants du Tsunami ont légèrement fait pivoter ce bloc une fois abattu pour indiquer la direction du cœur du tumulus Er Grah et respecter la « forme en V » (qui entoure le méridien 20° à l’ouest et 20° à l’est).
Hypothèse qui ne remet pas en cause l’axe d’origine du tsunami.
Dans mon livre je m’attarde à évaluer les efforts réalisés pour ériger une telle structure avec les moyens de l’époque. Nous ne disposons alors que de la force des bras et des cordages en tendon. Des troncs de bois avec de l’huile ou de la vase glissante sont nécessaires. Et il a fallu traverser l’estuaire probablement avec les premiers bateaux de la façade atlantique. Pourquoi pas la traction animale avec des bœufs ? Rien n’est prouvé, et j’ai tenté une explication dans le chapitre « Extraire, tailler, transporter et ériger » du livre, pour déterminer comment on peut passer des 30 tonnes classiquement testés par des amateurs aux 330 tonnes du Menhir de Locmariaquer.
Concernant l’alignement avec ses 19 fosses de menhirs disparus, les raisons de sa présence sont inconnues. Ce qui vient bien sûr à l’esprit c’est la volonté de montrer la puissance des occupants du lieu. Surtout qu’avec le tumulus contemporain du Petit Mont qui lui faisait face de l’autre côté du rivage, on avait deux monuments imposants dominant la mer à 40 m de haut.
Nous faisons l’hypothèse d’une fonction décrite dans la partie Astronomie de ce site :
L’observatoire de Locmariaquer
Les 3 géants d’Orion à Locmariaquer
La renaissance de Locmariaquer et le réemploi des mégalithes
La mémoire des éclipses (en chantier)
Autre mystère, c’est le fait que toutes les pierres du site ont été réemployées ailleurs, sauf celles du grand menhir. Même si le poids des 2 plus gros blocs est dissuasif (+ de 100 tonnes), on aurait pu enlever la tête du menhir qui fait moins d’un mètre. C’est donc une chance de le trouver au complet et dans la position initiale de la chute plus de 6000 ans après l’évènement. Superstition ? Volonté de témoigner ?
Je viens de découvrir qu’un internaute et archéologue Monsieur Joël Gauvrit, avait déjà émis en 2007 l’hypothèse d’un tsunami pour arracher ce grand menhir du sol. Je vous donne le lien : (https://joelgauvritprehistoire.fr/2017/05/03/locmariaquer-la-chute-du-grand-menhir/ .
(Qui ne semble plus fonctionner malheureusement !)
Si nous ne voyons pas la même origine ni exactement la même date de l’évènement, ce qui est intéressant ici c’est le rôle destructeur et la possibilité d’un tsunami plutôt qu’un séisme pour expliquer la position des blocs.

Cassen Serge, Jean-Yves Tinévez (2012). Les Mégalithes de Locmariaquer. Editions du patrimoine. Centre des monuments historiques nationaux Paris. ISBN 978-2-7577-0192-8. p 31
Serge Cassen, Nelly Le Meur, avec Philippe Boeckler, Sandy Poirier, Hélène Marzin et Lionel Pirault. 2009. La séquence stratigraphique : corpus de coupes et des blocs-diagrammes. Explorations archéologiques et discours savants sur des architectures néolithiques à Locmariaquer, Morbihan (Table des Marchands et Grand Menhir). Sous la direction de Serge Cassen. Laboratoire de recherches archéologiques, CNRS et Université de Nantes. Action collective de recherche (2003-2006) Colloque International Vannes 2007. P 293-355.

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