Ouvrages Hydrauliques ?

La taille des menhirs peut paraitre dérisoire contre un tsunami, mais les survivants et les tribus voisines se mobilisent pour récupérer tous les menhirs disponibles de taille moyenne (1.5 m à 3.5m) jonchant le littoral dévasté, puis les positionnent en retrait de la côte sur la ligne de crête située à 19 m.

L’objectif est de bloquer d’éventuelles nouvelles vagues par un cordon dunaire entre les 2 rias d’Etel et Trinité, et peut-être jusqu’au Blavet.

On installe donc de façon régulière comme des poteaux ces menhirs tournés vers le littoral, en prenant soin de les relier par des branchages et autres végétaux.

Le but est de retenir le sable poussé par le vent ou d’apporter de la vase et de créer des dunes sur 11 rangées espacées d’une dizaine de mètres.

En l’absence de mise en culture après le tsunami et d’obstacles au sable, ce dernier pouvait remonter loin dans les terres comme actuellement à Saint Barbe où il s’arrête à 2 km de l’océan au niveau du village et des premiers champs.

Avec le temps, l’agriculture, l’urbanisation, la pluie et le vent ont fait disparaitre ces dunes et seuls les menhirs demeurent.

De nos jours, on ne trouve pas mieux pour lutter contre l’érosion des plages !

 Le chanoine Desbiey avait présenté en 1774 à la société académique de Bordeaux une méthode pour immobiliser les sables : Après avoir semé des graines de pins, genêts et ajoncs pour favoriser la végétation, il avait étendu sur le sol des branches d’arbres fixées avec des crochets de bois enfoncés dans les sables. Ce fut une réussite, nous lui devons le paysage des Landes !

De 1914 à 1945, les cordons dunaires de notre littoral ont souffert d’un manque d’entretien et d’une trop grosse fréquentation anthropique. De nombreuses dunes ont été arasées pour le tourisme et l’urbanisation, elles font actuellement cruellement défaut pour lutter contre le retrait de côte.

Le remodelage mécanique des plages ayant montré ses limites, on retrouve progressivement les techniques naturelles ancestrales.

         Depuis 2016, l’office national des forêts a reçu la mission d’intérêt général de stabiliser et protéger les dunes littorales du domaine privé de l’Etat : par des brise-vents (clôtures en lattes de bois) ; des couvertures de branchages pour végétaliser en piégeant les graines, augmenter la rétention d’eau, bloquer l’érosion éolienne au niveau du sol et fixer la dune.

https://www.onf.fr/onf/+/5c3::la-protection-des-dunes-toute-une-histoire.html.

Tout le long du littoral des expériences sont menées de manière probante par l’ONF pour reconstituer les cordons dunaires naturels. Et le public est sensibilisé par ce type de panneau.

Selon nous, le système était déjà utilisé plus bas en bord de plage pour se protéger de l’érosion maritime.

Fait notable, ceux que Serge Cassen a pu répertorier sont tous associés à l’eau et accompagnés de haches en jade du mont Viso.

Sur la Vilaine, il recense à Saint Anne sur Vilaine, une triple rangée de stèles au niveau du seuil de la marée dynamique, qui, avant le barrage d’Arzal se transformait en mascaret jusqu’à 50 km dans les terres.

Sur la Rance à Saint-Samson, le grand menhir penché est couvert de gravures de type Castellic (haches, crosses, carrés, bateaux, animaux…) et est situé justement au niveau de l’ancien seuil de marée dynamique du lieu-dit « la hisse » à 20 km de la mer (S. Cassen, V. Grimaud. 2020).

Pour la Loire, c’est à la Pierre Meslière (Ancenis) qu’il relève dans les archives 48 menhirs sur plusieurs rangées au niveau présumé du seuil ancien de la marée dynamique, à 95 km de la mer. Plusieurs haches en jade ont aussi été trouvées aux alentours, finissant de signer l’influence Carnacéenne de ce système.

Connaissant l’impact des inondations non maîtrisées sur les sociétés agricoles, on peut se poser la question de l’efficacité de ces structures.

Pour les haches, cela tient de la superstition et après tout cela ne coûte rien de favoriser le sort en ne contrariant pas les dieux…

Pour les alignements, si les espaces entre les pierres sont remplis de matière imperméable comme la vase, cela fait office de digue pour éviter les débordements du fleuve aux endroits stratégiques.

Mais c’est entre la Villaine et la Loire que les alignements accompagnés de haches sont les plus pertinents. A la jonction du marais maritime du Mesquer et du marais de la Brière qui rejoint la Loire, Serge Cassen recense grâce aux archives 2 alignements avec 7 rangées sur 2 km et 500 m.

A notre avis, l‘ouvrage sépare judicieusement les 2 marais, permettant à la fois de réguler les intrusions fluvio-marines, assurer le passage vers la presqu’ile de Guérande et alimenter les fosses salines de Sandun.

17 haches en jade y ont été relevées dans le sol humide et aussi 112 fibrolithes. Cette concentration est exceptionnelle hors contexte funéraire.

Son enquête se poursuit en Suisse et en Italie, où des ouvrages de ce type sont utilisés pour arrêter/ empêcher les inondations.

La présence d’une gravure typique de Carnac (hache emmanchée accompagnée d’un carré) près de Sion en Suisse, et notre connaissance des échanges avec le mont Viso confirment l’influence Carnacéenne dans cette région éloignée, avec l’implantation de ces menhirs aux environs de 4500-4300 Avant JC.

La technique était donc largement partagée, et il ne faut pas s’étonner de la voir utilisée pour se protéger du tsunami.

Cassen Serge, Baltzer Agnès, Lorin André, Sellier Dominique, Boujot Christine, Menier David, Rousset Jean-marc. (2010). Prospections archéologiques et géophysique de stèles néolithiques immergées en baie de Quiberon (Morbihan). Cahiers d’Archéologie Subaquatique N° XVIII année 2010 p. 5 à 32. https://www.researchgate.net/publication/290181460

Cassen Serge (2014) Sites de passage (1). Le modèle Carnacois des pierres dressées à l’épreuve des rivières, des lacs et des montagnes (France, Suisse, Italie). Arbogast (R.-M) et Greffier Richard (A.) Entre archéologie et écologie, une Préhistoire de tous les milieux. Mélanges offerts à Pierre Pétrequin. Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2014, 526 p. (Annales Littéraires de l’Université de Franche-Comté, 928 ; série « Environnement, sociétés et archéologie », 18).

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